Un exemple de conservation et de restauration d'un pavement antique

La Mosaïque à la Méduse

 
A.-M. Guimier-Sorbets


Cette mosaïque polychrome a été découverte à Alexandrie en 1994 dans les fouilles du terrain du théatre Diana, par l'équipe du Centre d'Etudes Alexandrines (CEAlex-CNRS).
Le pavement ornait le sol d'un triclinium (salle à manger) d'une riche demeure d'époque impériale.

Vue générale du pavement in situ,
chantier Diana, photo © CEAlex, DR

La mosaïque, approximativement carrée (5,50m x 5,15m) était divisée en deux parties : l'une en U, au décor noir et blanc plus sobre, était destinée à recevoir les lits des convives disposés sur trois côtés de la pièce ; l'autre, en T, était composée de quatre panneaux polychromes. Le panneau central, le plus riche car destiné à être admiré aussi bien depuis les lits que depuis l'entrée, est un carré dans lequel s'inscrit un bouclier d'écailles polychromes à décor de fleuron. En son centre, le médaillon circulaire bordé d'une tresse porte une tête de méduse (Gorgonne) qui, par sa vive polychromie, se détache sur un fond noir. Cette tête de méduse faisait face à l'entrée pour détourner le mauvais sort. Ce motif de bouclier d'écailles polychromes à gorgonéion central appartient à une série attestée à Alexandrie depuis l'époque hellénistique, qui est ensuite diffusée dans tout le bassin méditerranéen.

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Dessin d'ensemble du pavement
M.-J. Schumacher © CEAlex, DR

A partir des informations de la fouille et des comparaisons stylistiques, le pavement est daté de la première moitié, ou du milieu du IIe s. après J.-C. Un examen approfondi du pavement lors de la dépose et de la restauration a permis de déterminer la technique de construction et les phases successives de mise en place de ses différentes parties. Alors que l'ensemble du pavement a été réalisé sur place, en opus tessellatum, le médaillon circulaire, rendu en opus vermiculatum à l'aide de minuscules éléments, a été composé dans un atelier, sur un plat de terre cuite (technique de l'embléma), puis mis en place dans un espace laissé vide au centre du bouclier. La bande ornée de la tresse a été ajoutée dans un troisième temps, pour camoufler la zone de raccord entre le bouclier et l'embléma. L'identité des matériaux utilisés pour le médaillon et la tresse montre que la réalisation du panneau et sa mise en place ont été effectuées par la même équipe.

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M édaillon central (embléma)
photo © CEAlex, DR

Ce pavement atteste la persistence, durant l'époque impériale, des traditions stylistiques des mosaïstes alexandrins de l'époque hellénistique. Il atteste aussi la fabrication d'emblémas par les ateliers alexandrins, emblémas qui ont été exportés dans l'ensemble du bassin méditerranéen. Il permet de mieux comprendre le processus de fabrication, de mise en place et d'utilisation de ces tableaux précieux.

Ci-dessus : détails des décors du pavement, photos © CEA, DR

Bibliographie :

A.M. GUIMIER-SORBETS, " Le pavement du triclinium à la Méduse dans une maison d'époque impériale à Alexandrie (Terrain du théâtre Diana) " dans : Alexandrina I, J. Y. Empereur (éd.), Le Caire, 1998, p. 115-139, (Etudes alexandrines I).
A.M. GUIMIER-SORBETS, " La circulation des équipes de mosaïstes et des emblémas à l'époque hellénistique et au début de l'époque impériale : quelques informations fondées sur des données techniques ", communication au Colloque international de l'Ecole française d'Athènes, Lyon, 10-11 Décembre 1998, dans : L'artisanat en Grèce ancienne, les productions, les diffusions, F. Blondé et A. Muller (éd.), Lille, 2000, p. 281-289.