Quelques éléments de l'étude du système hydraulique d'Alexandrie

du IVème siècle av.J.-C.au XIXème siècle après J.-C.

LA TYPO-MORPHOLOGIE DES CITERNES Isabelle Hairy

Les données concernant la morphologie des citernes, tirées des dessins des dossiers Kamil, ont été enregistrées dans une base de données développée sous FileMaker Pro. Cette base regroupe actuellement 144 citernes de 1 à 4 niveaux, de 6 m3 à 2500 m3 réparties comme ceci :

  • 27 citernes à 1 niveau
  • 50 citernes à 2 niveaux
  • 49 citernes à 3 niveaux
  • 9 citernes à 4 niveaux
  • 9 citernes dont nous ne connaissons pas la morphologie exacte

À partir du traitement des données morphologiques enregistrées, cinq grands types de citernes alexandrines peuvent être mis en évidence. La question de leur calage chronologique reste difficile. En effet, c'est en comparant ces formes avec des substructures mises au jour dans des contextes cernés et datés que nous pourrons y répondre, mais actuellement les éléments que nous possédons nous permettent simplement d'aborder le sujet dans ses grandes lignes (voir la conclusion).

Des réservoirs à volume unique de petite capacité, creusés dans la roche, et souvent placés profondément dans le sous-sol (entre 6m et 13m 50 sous le niveau du sol du XIXe siècle).
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Type I - Citerne El-Derdar
levé de l'ingénieur alexandrin A. Kamil, 1896
Archives CEAlex - © CEAlex

Elle est actuellement située sous la rue, à côté du tombeau de Sidi Abu el-Derdar. Au XIXe siècle, cette citerne se trouvait dans un jardin entouré de trois tombeaux, dont celui d'Abu el-Derdar. Le fond de la citerne se trouve à un peu plus de 8 m du niveau du sol du XIXe siècle. Cette citerne a fonctionné avec au moins deux niveaux de sol différents, que l'on remarque grâce au décrochement indiqué dans la coupe.

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Type I - Citerne El-Tawil
levé de l'ingénieur alexandrin A. Kamil, 1896
Archives CEAlex - © CEAlex

 

Elle est actuellement située dans le quartier de Kom el-Dikka, sous une placette bordant la ruelle Abu Azeifa, qui était, en 1896, un terrain vague. Elle passait sous une maison qui existe toujours et qui était occupé à l'époque par le Hag Ragab

Des réservoirs à volume unique ou à plusieurs volumes reliés, de faible capacité et fermés par une voûte - comme la nouvelle citerne du Sarapéion, datée du Ve siècle.
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Type II - Citerne du Sarapéion
Levé et dessin de Isabelle Peguet, 1998
Archives CEAlex - © CEAlex
Elle a été fouillée par le Musée Gréco-romain représenté par son directeur Monsieur Ahmed Abd el-Fatah. Cette citerne d'époque romaine se compose de trois volumes polyédriques réguliers de cubages différents, couverts chacun par une voûte en plein-cintre. Deux de ces espaces sont connectées au plus grand par des couloirs de dimensions identiques, couverts par une voûte en plein-cintre, partant l'un à l'est et l'autre au sud suivant l'axe longitudinale et transversale de l'espace central. Au nord-ouest, le puits d'accès est également relié à celui-ci par l'intermédiaire d'un couloir moins long que les autres.
De grands réservoirs à un niveau, couverts par des voûtes supportées par des piliers de section rectangulaire, où l'ensemble de la maçonnerie est protégé par un enduit hydraulique extrêmement résistant, comme la grande citerne située sur la parcelle de la Cathédrale Evanghelismos, ou celle des thermes romains de Kom el-Dikka ou encore celle qui se trouve dans la partie sud de l'aménagement du plateau sur le site du Sérapéion.
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Type III - Citerne Evanghelismos
Levé et dessin de Isabelle Hairy, 1998
Archives CEAlex - © CEAlex
Elles concernent toutes les citernes vues et/ou fouillées. La base de données s'enrichit à chaque nouvelle découverte.
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Type IV - Citerne Nagguée Sidi Wanas
levé de l'ingénieur alexandrin A. Kamil, 1899
Archives CEAlex - © CEAlex

Cette citerne de 215 m3 environ présente un plan tout à fait atypique. C'est une vaste salle hypostyle creusée dans la roche et fermée sur un côté par un mur en maçonnerie de moellons. Les excavations pratiquées dans les murs de pourtours pourraient être le départ de loculi. Mais sans parler d'hypogée, ces excavations nous indiquent qu'elle a certainement eu une autre fonction avant d'être transformée en citerne.

 
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Dans le dossier de la citerne Doueb, située dans le même quartier que la citerne Nagguée Sidi Wanas, on peut lire cette note : " cette figure n'ayant pas la forme d'une citerne peut être considéré comme hypogé. Elle est taillée dans le roc à 8m au-dessous du sol du jardin. "

 

Type IV - Citerne Doueb
levé de l'ingénieur alexandrin A. Kamil, 1897
Archives CEAlex - © CEAlex
 
De grands réservoirs voûtés de 1 à 4 niveaux constitués de supports verticaux et d'arcs en entretoise assurant la stabilité générale du volume, dont le plus bel exemple aujourd'hui visible dans Alexandrie est la citerne El-Nabih. Après analyse des éléments architecturaux remployés dans la maçonnerie, la construction de cette substructure est certainement postérieure au VIIe siècle. (voir photographie d'introduction)
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Type V - Citerne El Bissani
levé de l'ingénieur alexandrin A.Kamil, 1896
Archives CEAlex - © CEAlex
D'une capacité d'environ 1240 m3, elle fait partie des grandes citernes d'Alexandrie comme nous l'indique la note se trouvant sur la feuille : " Cette citerne est une des plus importante de la ville, elle est en assez bon état. Elle a seulement besoin de quelques réparations d'enduit et de béton pour son radier. Elle est située dans le jardin de Mr Green sur la rue Rosette, entre la rue Cérisy et la rue de Corinthe."
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Type V - Citerne Saffwan
levé de l'ingénieur alexandrin A. Kamil, 1896
Archives CEAlex - © CEAlex
Elle se trouve à l'angle de la rue Fouad et de la rue des Ptolémées. Avec un volume de plus de 2000 m3, cette citerne est la plus grande des citernes répertoriées dans les dossiers de l'ingénieur Kamil. Composée de trois travées transversales et 12 travées longitudinales sur trois niveaux (deux niveaux de piliers et un niveau de voûtes en berceau longitudinale qui forment la couverture), elle représente un volume total d'environ 2500 m3. Elle a été transformée pendant la seconde guerre mondiale en abri antiaérien. Lors de la construction de l'immeuble qui borde la rue, la troisième travée longitudinale a disparu.