Quelques éléments de l'étude du système hydraulique d'Alexandrie

du IVème siècle av.J.-C.au XIXème siècle après J.-C.

Isabelle Hairy

Au fil de l'eau

En 1550, André Thevet, voyageur et écrivain de l'ordre des cordeliers signale dans sa relation sur Alexandrie que seules quelques citernes sont encore remplies lors de la crue du Nil. Le problème était-il lié alors à l'état du canal ou à une faible crue du Nil ?

En 1586, quand le voyageur anglais John Evesham visite Alexandrie, le canal semble être toujours navigable et remplit correctement son rôle dans le remplissage des réservoirs de la ville :

" [l'eau] arrive à la dite ville [d'Alexandrie ] en une telle quantité, que des bateaux de douze tonnes flottent sur cette eau qui remplit les voûtes, les citernes et les puits dans la dite ville avec de la très bonne eau, et qui reste bonne jusqu'à l'année suivante ; … "

Mais en 1701, un Français anonyme des bords de la Garonne, comme il se qualifie lui-même, décrit la vieille ville d'Alexandrie comme toute ruinée et dit ceci à propos du canal :

" Les marchands ne font point d'emplette à Alexandrie, mais reçoivent les marchandises qu'on leur envoie du Grand Caire et de Rosette. Autrefois il y avait un canal sur lequel on les voiturait de cette dernière ville jusqu'au lac Maréotis, et du lac un autre qui communiquait au vieux port (....). Ni l'un ni l'autre ne sont plus praticables. Les barbares ont laissé combler celui qui part de Rosette (....) de manière qu'il ne devint de quelque usage qu'à la hauteur du Nil... "

En 1819, Mohammed Ali remet le canal en service. Pour cela, il a été obligé de le prolonger d'une cinquantaine de kilomètres jusqu'à la branche du Nil plus à l'est, la branche de Rosette. Invité par le Khédive pour l'inauguration du canal de Suez, Charles Blanc dira en 1869 :

" Ce canal a redonné à la cité d'Alexandrie la richesse, le mouvement et la vie "

Du canal à la ville d'Alexandrie, l'eau était acheminée à l'aide d'aqueducs souterrains. Les eaux du Nil véhiculant de grandes quantités de limon, on suppose qu'un système de filtration devait exister avant même que les eaux entrent dans la ville. Aucun aménagement de ce type n'a été retrouvé jusqu'à présent, cependant deux auteurs du début du XVe siècle nous parlent d'une grille se trouvant sur le canal, au départ des canaux ou aqueducs. Ceci pourrait correspondre à la description d'un filtre retenant une partie des impuretés de l'eau avant qu'elle ne pénètre dans les aqueducs souterrains plus étroits de la ville, comme on peut le voir, par exemple, dans le château d'eau principal de Pompéi. La relation de Ghillebert de Lannoy (1422) nous l'explique :

" Et y a parmy zuut-west, à une mille près de la rivière dessusditte, ung greil de fer oudit fossé, où commencent les conduits, par où l'eau ditte vient en la ville, …"

Un deuxième système de décantation nous est présenté par le Père Vansleb en 1672 :

" Il faut pourtant sçavoir que son embouchure, quoy qu'elle soit de la hauteur de tout le canal, a presque les deux tiers de son ouverture murez de bas en haut; de façon qu'il n'en reste qu'une petite, par où les eaux du Calitz entrent, comme par un trou de fenêtre. Mais parce qu'elles sont les trois premiers jours fort sales, & que les Citernes seroient bient-tost remplies d'ordures; si on y laissoit entrer librement l'eau pendant ce temps-là pour prévenir cet inconvenient, ceux qui ont le soin de donner de l'eau à la Ville; font tout à fait murer le trou de ce conduit, & le laissent en cet estat pendant trois jours; après lesquels ils vont à la bouche du Canal, accompagnez d'une foule de Peuple pour le déboucher, & laisser entrer l'eau, jusqu'à ce que les Citernes soient remplies. Le jour de cette ouverture est un jour de grandes réjouyssances pour toute la Ville "