Quelques éléments de l'étude du système hydraulique d'Alexandrie

du IVème siècle av.J.-C.au XIXème siècle après J.-C.

LES CITERNES D'ALEXANDRIE Isabelle Hairy
Les ingénieurs de la Description de l'Égypte dénombrent cinq aqueducs souterrains et plus de 400 citernes. Quatre d'entre eux, orientés nord-sud, étaient donc alimentés par le canal qui suivait à peu près le même tracé que l'actuel canal Mahmoudieh, et le cinquième, perpendiculaire aux autres, longeait la voie canopique qui correspond à l'actuelle rue Fouad, une des grandes artères de l'Alexandrie moderne.
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Plan d'Alexandrie et de ses environs (1798)
Description de l'Egypte planche 84
Archives CEA - © CEA
Si l'on peut suivre les aqueducs jusqu'à leur pénétration dans la ville, il n'en est pas de même pour le réseau urbain de distribution et de stockage. Que reste-t-il de celui-ci ? En 1849, 450 citernes, plusieurs kilomètres de canalisation, 225 saqias - roue à godets servant à extraire l'eau d'un bassin ou d'un puits - dont 215 encore en fonctionnement sont comptés lors du nivellement général du réseau. Ainsi, jusqu'à cette date, les Alexandrins continuaient à utiliser les citernes comme réserves d'eau. Vingt ans plus tard, l'astronome Mahmud el-Falaki, chargé par le Khédive Ismail de dresser un plan de la ville antique, compte 700 citernes dans le sous-sol alexandrin, sans préciser si elles sont encore en service : " On peut compter actuellement dans Alexandrie sept cents citernes parmi lesquelles il y en a beaucoup qui sont de deux étages superposés sur des colonnes, en granit rouge, à l'aide d'arceaux. Les citernes de trois et quatre étages ne manquent pas dans cette ville, mais elles se trouvent naturellement dans les parties hautes de la ville "
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Al-Dzajarl Traité sur les procédés mécaniques (1206), système de pompage pour alimenter un bassin.
Archives CEA - © CEA
Ces travaux remarquables permettent de se rendre compte de l'importance du réseau, mais malheureusement ils sont difficilement superposables à la cartographie contemporaine d'Alexandrie. En 1990, on ne visitait plus qu'une seule citerne, El Sahrig el-Nabih (voir la photographie en introduction…), située sous les jardins de Shallalat, au pied des anciennes fortifications touloûnides du IXe siècle.

 

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Le dossier des citernes a pu se rouvrir grâce à des dossiers prêtés au Centre d'Etudes Alexandrines par le Musée gréco-romain. Établis entre 1896 et 1899 par l'ingénieur alexandrin A. Kamil, ils regroupent 136 citernes classées par quartier, chaque document comprenant en général un plan de localisation sommaire, un relevé schématique indiquant les grandes dimensions de la citerne, une ou plusieurs coupes, et parfois quelques détails architecturaux. Au regard de ces dossiers, on devine la volonté administrative de la municipalité alexandrine d'abandonner définitivement l'utilisation des citernes au profit d'un réseau d'eau plus moderne. Les raisons en sont facilement imaginables : dysenterie, épidémies (peste). Au-delà de ces inconvénients, les citernes ont tout de même permis l'existence même et le développement de la ville d'Alexandrie.
Ci-dessus : Extraits des dossiers Villes et bâtiments de l'ingénieur alexandrin Kamil
Archives CEA - © CEA
     
Aujourd'hui, notre connaissance du réseau ancien d'adduction n'est encore que partielle. Les données recueillies dans les dossiers de l'ingénieur A. Kamil nous ont permis d'en avoir une meilleure connaissance au travers de l'inventaire des citernes encore en fonction à la fin du XIXe siècle.