ANTHROPOLOGIE

Des momies à Alexandrie

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Gersende Alix, Eric Boës, Patrice Georges et Aurore Schmitt

plaque en or retrouvée dans le caveau 350. Elle devait reposer dans la bouche d'un défunt momifié

La tombe B17, dont la fouille et les analyses architecturales ont révélé la complexité des aménagements, a fait l'objet d'une attention particulière, principalement en raison de la présence de sépultures scellées depuis l'Antiquité. Un caveau contenait les restes d'un corps momifié qui a subi une excérébration. Une empreinte de visage sur un bloc de tissus portait des fragments d'or appliqués directement sur la peau. Une petite plaque en tôle d'or, en forme de langue, avait probablement été déposée dans la bouche du défunt, preuve supplémentaire de la préparation soignée du corps. D'autres momies furent retrouvées dans des coffres en relation avec un monument funéraire, construit à l'intérieur d'une cour aménagée dès l'époque hellénistique. L'ouverture des dalles scellées a révélé les restes de corps momifiés, dont les os étaient fortement corrodés par les produits de la momification. Sur un corps, les bandelettes formant la décoration externe de la momie présentaient des formes géométriques caractéristiques de l'époque gréco-romaine (ci-contre). Des fils d'or tissés avaient également été placés sous les dernières couches de bandelettes qui formaient la partie externe de la momie.

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Le paradoxe alexandrin

La mise en évidence de momies dans une nécropole alexandrine est d'autant plus intéressante qu'elle permet d'opposer deux registres de pensée concernant la mort. En effet, des corps momifiés ont été installés avec des corps simplement déposés dans les hypogées, voire dans des cercueils, image peu habituelle qui n'est pas sans illustrer un paradoxe. La gestion des tombes montre que les corps, qu'ils soient momifiés ou non, ont souvent été déplacés au bout d'un certain temps, pour laisser la place à de nouveaux défunts. Des fragments de corps momifiés ont ainsi pu être retrouvés, mélangés à des os épars, dans un ossuaire aménagé dans un caveau. Ce fonctionnement collectif des loculi et des caveaux de la Nécropolis s'oppose sur bien des aspects aux souhaits d'éternité, ressentis par ceux qui se sont fait embaumer. Il s'agit là de deux conceptions différentes du devenir des corps.

Un exemple de corps momifié mis au jour dans un coffre en dalles de calcaire, installé sous un monument funéraire daté de l'époque romaine impériale

DAO Eric Boës

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