PRATIQUES FUNERAIRES

La Crémation

Une étude pionnière à Alexandrie : les pratiques de la crémation.

Gilles Grévin, C.N.R.S. - Cépam U.M.R. 6130 Draguignan, Var. Paul Bailet, Laboratoire de recherches anthropologiques, Draguignan, Var.

Dans l'Egypte des Ptolémées (IVe-Ier siècles av. J.-C.), parallèlement à la pratique ancestrale de la momification apparaît celle de la crémation, introduite par la classe dirigeante grecque. Ces deux pratiques qui coexistent dans la Nécropolis d'Alexandrie, sont opposées car elles sont liées à des conceptions différentes de l'au-delà.

Les fragments d'os brûlés provenant des crémations des corps sur bûchers sont collectés et déposés dans des hydries en terre cuite ornées de motifs peints ou dans des urnes en albâtre ou en pierre. La fouille "stratigraphique" méthodique de tous ces vases funéraires et l'étude de leur contenu procurent des acquis originaux :

  • contrairement à des vieilles idées reçues, les corps des femmes et des enfants étaient, comme ceux des hommes, brûlés sur des bûchers.
  • il existe des évolutions dans le mode de crémation et de collectage des os brûlés.
  • dans certaines hydries, les fragments d'os ont été disposés dans un ordre qui respecte l'anatomie : des pieds vers la tête ou, dans un cas constaté, inversement. Un ordre moins rigoureux est à l'image d'un collectage moins méthodique.
  • dans une hydrie, les os de la région pelvienne sont mouchetés de rouge. Le colorant est du cinabre (sulfure naturel de mercure) qui a dû être saupoudré intentionnellement en fin de crémation.
  • deux hydries étaient accompagnées chacune d'un vase contenant les cendres du bûcher. En effet, de très petits fragments d'os et de dents brûlés trouvés dans ces vases concordaient avec des fragments contenus dans l'hydrie correspondante.

De petits fragments de tissus trouvés dans plusieurs urnes et hydries pourraient provenir d'une pièce d'étoffe ayant enveloppé les os recueillis après crémation : pratique déjà attestée par la littérature homérique. Des couronnes en cuivre doré imitant le feuillage et les baies du myrte (arbustre symbolique funéraire) accompagnaient parfois les restes du défunt : tantôt posées sur l'épaulement d'une hydrie, tantôt brûlées avec le corps, comme en témoignent leurs vestiges.

Gilles Grévin et Paul Bailet cliché © CEA

Les analyses pondérales et les données statistiques qui en découlent occupent une place prépondérante dans les travaux de laboratoire. Pratiquées pour chaque région anatomique, ces analyses permettent d'aborder divers aspects de la crémation dans l'Egypte ptolémaïque. Les travaux réalisés par le Laboratoire d'anthropologie physique (C.N.R.S. Cépam, U.M.R. 6130) à Draguignan, Var, porteront leurs fruits grâce à l'apport de nouvelles données telles que la mise en rapport des pratiques funéraires constatées avec la typo-chronologie des hydries, des comparaisons avec les crémations de l'Hellade et, avec la prudence qui s'impose, les enseignements de l'ethno-archéologie. Les résultats obtenus ouvrent de vastes perspectives aux archéologues, tant sur le plan de la compréhension des pratiques de la crémation que de celle de l'analyse des os brûlés.

Aménagement "stratigraphique" intentionnel de fragments d'os brûlés traduisant un ramassage après crémation selon l'ordre anatomique.

  1. petits fragments hétérogènes
  2. fragments crâniens
  3. axe vertébral
  4. membres supérieurs
  5. os coxaux
  6. membres inférieurs
  7. esquilles et poussière d'os

dessin © CEA