LA CITERNE EL-NABIH : Étude historique et architecturale et première campagne de fouille

Etude des vestiges avant la fouille

 
Laurent Borel & Chrystelle March
Architectes DPLG
Contribution de Samuel Desoutter, Archéologue
 

Architecture de l'édifice

La citerne El-Nabih est située dans la rue Sultan Hussein (ex rue d'Allemagne), à l’angle sud-est du jardin de Nubar Pacha, aménagé sur l’emprise d’une partie de la muraille de la ville arabe, détruite au début du XXe siècle.
C’est un édifice entièrement enterré, de volume approximativement cubique (13 x 11,50 x 12 m) et d’une contenance d’environ 1 000 m³ (Fig. 2). Les murs du réservoir, d’une épaisseur de près de 1,20 m, sont composés d’un appareil de petits moellons. Afin de résister à la poussée des terres, la stabilité de la structure est assurée par un système de contreventement composé de quatre rangées de quatre colonnes, entrecroisées d’arcs et étagées sur trois niveaux.

Fig. 2 : Coupe et plan de la citerne El-Nabih
Relevé : C. Shaalan, Y. Guyard, I. Hairy, E. Hardy © CEAlex. DAO : L. Borel, Ch. March © CEAlex.
L’ensemble des points d'appuis verticaux est constitué d’éléments d’architecture remployés provenant d’édifices antérieurs. Les structures maçonnées sont couvertes d’un enduit hydraulique destiné à assurer l’étanchéité du réservoir. La citerne est dotée de deux systèmes de couverture. En partie nord, elle est constituée de voûtes d’arrêtes, alors qu’elle est composé de voûtes en berceau en partie sud. L’étude architecturale montre que la citerne était initialement couverte de voûtes d’arrêtes, puisque les murs de la partie sud de sa cuve en portent encore les vestiges (Fig. 03).
Fig. 3 : Représentation schématique du volume de la citerne et de son système de couverture, avant la fouille. Modélisation 3D : L. Borel © CEAlex.

Son fonctionnement propre

La plus grande ouverture aménagée dans la couverture de la citerne est située au-dessus de la croisée des travées centrales de la structure. C’est son orifice de puisage principal, qui devait être doté d’un système d’extraction mécanique de type roue à chapelet. Deux autres orifices, de moindres dimensions, sont situés dans l’angle sud-ouest du réservoir. Ils pourraient avoir été aménagés ultérieurement, afin de permettre le puisage depuis des constructions sommaires, installées à une période tardive au sommet de la citerne.

Enfin, un puits de plan semi-circulaire est accolé à l’angle Nord-Est du réservoir. Cet orifice constituait l’unique accès à l’intérieur de l’édifice et permettait d’y descendre grâce à de petites cavités servant d’échelons (Fig. 04). Sur le plan localisant la citerne dans le « dossier Kamil », sont représentées des structures, aujourd’hui disparues, renseignant sur son système d’alimentation en eau. Au sud-est du réservoir, l’ingénieur figure une canalisation, deux murs de soutènement, un bassin et signale l’emplacement d’une saqia. L'eau ainsi extraite du sous-sol devait être acheminée jusqu'en limite Sud de la citerne. C’est en effet sur cette façade que l’on peut observer les vestiges de canalisations à l’intérieur du réservoir.
Fig. 4 : Photographie ancienne d'une saqia alimentant un aqueduc, près du Port Ouest. The Cairo Postcard Trust. Collection personnelle L. Borel.

Sa place dans le contexte urbain

Nous ne connaissons pas la place de la citerne El-Nabih dans son environnement urbain immédiat. Seule l’étude d’autres grandes citernes publiques, comme celle de Gharaba, apporte peut-être des informations à ce sujet. Ainsi, il est possible, que la partie supérieure du réservoir ait émergé du sol. Ce dispositif permettait de signaler la présence du réservoir et d’empêcher la contamination de l’eau propre du réservoir, par celles, souillées, ruisselant sur la chaussée.

Cette configuration ne peut être envisagée qu’à titre d’hypothèse : il est tout à fait possible que la citerne El-Nabih, bien qu’étant un réservoir public, ait servit à un usage plus restreint et qu’en conséquence son accessibilité et sa position dans le contexte urbain aient été différentes. L’étude du « dossier Kamil » révèle que la citerne était en réalité accolée au nord à un « magasin des artilleries », lui-même adossé à la face intérieure de la muraille de la ville arabe.
Il se peut ainsi qu’elle ait fait partie d’une infrastructure particulière, exclusivement liée au fonctionnement du système défensif de la ville (Fig. 05).
Fig. 5 : Gravure de la muraille de la ville arabe, fortifiée par Gallice Bey aux alentours de la Porte de Rosette. The Illustrated London News, Aug. 5, 1882, p. 132. Archives © CEAlex

Éléments de datation

Aucune donnée archéologique ne permet aujourd’hui de dater avec précision la construction de la citerne El-Nabih. Les citernes de ce type (type V : grande capacité, système de contreventement à plusieurs étages composé d’éléments d’architecture remployés) sont identifiées, par les auteurs des études précédentes, comme de grandes citernes publiques de la période médiévale.

Cette datation est étayée par l’étude des éléments d’architecture remployés, dont le plus récent est un chapiteau corinthien tardif datant de la deuxième moitié du VIe siècle apr. J.-C. Ces données permettent de supposer que la construction de l’édifice serait postérieure à cette date (Fig. 06).
Enfin, la présence de la muraille de la ville arabe à quelques mètres de la citerne pourrait suggérer que sa construction soit contemporaine de cette partie des fortifications, réalisée sous Ibn Touloun, gouverneur d’Egypte, au IXe siècle. Cependant, la seule proximité de l’édifice ne peut constituer un argument suffisant pour sa datation, dans l'état actuel de nos connaissances.
Fig. 6 : Vue du chapiteau de la 2e moitié du VIe siècle ap. J.-C.
Clichés : L. Borel © CEAlex. Relevé : L. Borel, E. Combes, C. Pigounaki © CEAlex

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