LA CITERNE EL-NABIH : Étude historique et architecturale et première campagne de fouille

Etude des sources documentaires

 
Laurent Borel & Chrystelle March
Architectes DPLG
Contribution de Samuel Desoutter, Archéologue
 

Le témoignage du “dossier Kamil”

 

Les documents les plus anciens attestant l’existence de la citerne El-Nabih proviennent du « dossier Kamil » (Fig. 07). Dans le cadre de l’étude du monument menée par les auteurs depuis 2003, un réexamen de la documentation a révélé la présence d’un second dossier d’inventaire, datant de la même période. Rassemblant une dizaine de citernes – dont la citerne El-Nabih – relevées et dressées par E. Bauer, il est régi par une numérotation différente.

Fig. 7 : Planches dressées par A. Kamil, représentant la citerne El-Nabih (n°3). Archives © CEAlex

Ces deux dossiers appartiennent en réalité au même inventaire, engagé selon un premier système de numérotation, mis au net par E. Bauer sur de grandes planches jusqu’en juin 1896, puis abandonné au profit d’une autre numérotation, mise au net sur petits formats par A. Kamil jusqu’en 1899. Les précédentes études affirmaient que la réfection du système de couverture de la citerne datait des années 1950, sur la base – notamment – de l’étude du «dossier Kamil», dont la coupe sur l’édifice semblait représenter son premier système de couverture.
Le réexamen de ces documents, par les auteurs, montre que la coupe dressée par A. Kamil représente en réalité un système hybride, mélange improbable des deux systèmes de couverture, tandis que la coupe de E. Bauer, montre clairement son état restauré (Fig. 08).Cette étude révèle aussi que seul ce dernier a effectué le relevé de l’édifice, alors que A. Kamil n’en fait que la mise au net.
Fig. 8 : Planche relevée et dressée par E. Bauer, représentant la citerne El-Nabih (n°57bis). Archives © CEAlex
De plus, les observations de terrain montrent que l’ordonnancement architectural de la structure rehaussée et les matériaux utilisés semblent dater d'une période plus ancienne. Nous pouvons donc affirmer aujourd'hui que la réfection de la couverture est en réalité antérieure à 1896.

Les sources littéraires

Aucun des voyageurs ayant visité Alexandrie depuis le XIIe siècle ne mentionne la citerne El-Nabih. C’est dans les Bulletins du Comité de Conservation des Monuments de l’Art Arabe que furent recueillies les premières données concernant la citerne El-Nabih. On y apprend que les citernes d’Alexandrie furent déclarées propriété de l’État à la fin du XIXe « pour les soustraire à l’arbitrage du public » depuis la mise en place du réseau d’eau moderne. En 1898, le Ministère des Travaux Publics sollicite l’avis du Comité concernant des demandes de rachat, par des particuliers, de citernes situées sur leurs propriétés. Herz Bey, architecte en chef du Comité, propose alors « d’en classer les plus intéressantes » et croit « qu’il faudrait en faire le choix seulement parmi les citernes qui se trouvent dans les terrains du gouvernement » (Fig. 09).

La citerne El-Nabih, classée en 1900, servira alors de référence pour statuer du sort des citernes similaires, souvent condamnées à la destruction. Ce n'est qu'en 1923 que E. Breccia constate que “le nombre des anciennes citernes encore conservées est très restreint”. Dès lors, les citernes de même typologie que celle d’El-Nabih seront si possible conservées. Dans les Bulletins, édités entre 1882 et 1961, toutes les interventions effectuées sur la citerne sont consignées dans le moindre détail. Aucune allusion n’est faite à des travaux aussi considérables que ceux de la réfection de sa couverture. L’édifice est aussi mentionné, à partir du début du XXe siècle, dans des publications scientifiques et ouvrages grand public.

Fig. 9 : Dessins de Herz Bey et photo de la citerne El-Nabih en 1898. Bulletins du Comité de Conservation de l'Art Arabe, Exercice 1898, Le Caire, 1900, Pl. VI-VII.
En 1914 et 1922, E. Breccia en livre une description détaillée dans son guide Alexandrea ad Aegyptum, parmi les monuments remarquables à visiter à Alexandrie. La citerne est ensuite localisée et décrite sommairement dans la carte archéologique dressée en 1934 par A. Adriani, alors directeur du Musée gréco-romain. Ce n’est que bien plus tard, en 1993, que B. Tkaczow la localise à nouveau et la décrit brièvement dans sa carte archéologique. Il faudra attendre 1996 pour que le CEAlex entreprenne une étude véritablement scientifique du monument.

Les sources cartographiques

L’étude des cartes représentant la ville d’Alexandrie jusqu’au milieu du XIXe siècle ne permet pas de localiser la citerne El-Nabih ni le « magasin des artilleries ». Ce n’est qu’à partir de cette date que cet entrepôt militaire est clairement représenté. Il figure ainsi sur la carte établie par Gallice Bey en 1845. Il est ensuite représenté sur la Carte d’Alexandrie dressée par Mahmoud El-Falaki en 1865, qui figure aussi le symbole d’un puits, constituant peut-être la première représentation de la citerne ou de l’un des éléments de son dispositif d'adduction (Fig. 10). Sur le Nouveau plan général de la ville d’Alexandrie, dressé en 1902 par E. Nicohosoff, est représenté un symbole carré, non renseigné, représentant, semble-t-il, le kiosque d’accès à l’édifice, réalisé par le Comité en 1900 (Fig. 11). Il faudra attendre le tout début du XXe siècle, pour que le monument soit clairement mentionné et figuré sur les plans de la ville. En 1905, sur le plan très schématique Alexandria (ancient and modern) dressé par M. Bloomfield, on peut lire à son emplacement « Ancient Cistern ». Ce n’est qu’en 1914, sur le plan Alexandrie, plan de la ville ancienne et moderne dressé par M. Bartocci, qu’apparaît pour la première fois le nom « citerne El-Nabih ». Enfin, sur l’extrait cadastral de ce secteur, levé en 1939, l’édifice et ses aménagements extérieurs, sont représentés et désignés sous le nom de « El-Nabih reservoir ».

Fig. 10 : Localisation de la muraille, du "magasin des artilleries" et du puits, sur la carte de M. El-Falaki. Carte d'Alexandrie, 1865. Fig. 11 : Localisation de la muraille et du kiosque, sur la carte de E. Nicohosoff. Nouveau plan général de la ville d’Alexandrie, 1902.

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