LA CITERNE EL-NABIH : Étude historique et architecturale et première campagne de fouille

Fouille archéologique

 
Laurent Borel & Chrystelle March
Architectes DPLG
Contribution de Samuel Desoutter, Archéologue
 

Etat des connaissances et problématiques

Notre première problématique concernait le mode constructif de la citerne. Nous cherchions notamment à comprendre si les parois d'une cavité pré-existante avaient été régularisées ou si une fosse avait été creusée pour y installer le réservoir. D'autre part, nous nous demandions si les murs de la cuve atteignaient le sommet de la couverture. Nous souhaitions aussi savoir comment s'effectuait la transition entre les deux systèmes de couverture. La seconde de nos problématiques concernait le fonctionnement de la citerne.

Nous espérions notamment identifier la fonction des conduites visibles sur la paroi interne sud de la cuve. Nous souhaitions aussi vérifier si la partie supérieure de la citerne émergeait du sol, comme nous l'avions supposé. Nous espérions également découvrir les vestiges du « magasin des artilleries », afin de préciser son architecture et sa relation avec la citerne.
Notre troisième problématique concernait la date de construction de l'édifice, de sa réfection et de l'installation de cet entrepôt militaire. Jusqu'à présent, seul le chapiteau datant de la seconde moitié du VIe siècle ap. J.-C. pouvait constituer un terminus post quem pour la construction de la citerne. De même, bien que l'étude du « dossier Kamil » montre, aujourd'hui, que les travaux de réfection soient antérieurs à 1896, nous espérions pouvoir les dater avec précision. Enfin, le « magasin des artilleries » n'apparaissant sur les cartes qu'à partir de la seconde moitié du XIXe, nous supposions simplement que sa construction remontait à cette période (Fig. 12).
Fig. 12 : Vue générale de la citerne montrant sa situation dans le contexte urbain de la ville et les deux grands sondages du chantier de fouilles. Cliché : L. Borel © CEAlex.

Les sondages

Fig. 13 : Vue générale de la citerne montrant les deux grands sondages du chantier de fouilles.
Cliché : L. Borel © CEAlex.
La première campagne de fouilles, menée durant l'été 2006, livre aujourd'hui ses premiers résultats. Deux grands sondages nord-sud et est-ouest, centrés sur l'orifice de puisage principal, ont été ouverts (Fig. 13).

La fouille du sondage nord a mis au jour le sommet de la citerne à moins de 0,13 m de profondeur, sous des niveaux de remblais. L'extrados des voûtes d'arête est recouvert d'un pavement, présentant une déclivité de prés de 6 % vers le puits central. Le mur nord, d'une épaisseur plus importante, atteint le sommet du système de couverture. Quelques 0,75 m au nord, le mur sud du “magasin des artilleries” a été découvert, à 0,80 m de profondeur (Fig. 14). La fouille du sondage sud a mis au jour les voûtes en berceau, à moins de 0,05 m de profondeur. Leurs reins sont chargés de remblais et leur extrados dépourvu de pavement. Elles semblent reposer sur les murs du premier état, partiellement démontés.Une canalisation bâtie, provenant du sud-est, traverse la maçonnerie du mur tympan bouchant la seconde travée ouest (Fig. 15). La fouille du sondage ouest a mis au jour les voûtes en berceau, à moins de 0,05 m de profondeur. Egalement chargées au niveau des reins, leur extrados est aussi dépourvu de pavement. Le sommet du mur ouest de la cuve atteint le premier tiers des voûtes dont il reçoit les poussées latérales. La partie inférieure de ce mur, correspondant au premier état du bâtiment, n'a pas encore été mise au jour dans cette zone. Environ 1 m plus à l'ouest une zone de dallage a été mise au jour, à moins de 0,15 m de profondeur. Elle recouvre un niveau très compact, situé à 0,25 m de profondeur. Enfin, la fouille du sondage est, a mis au jour le sommet de la seconde voûte en berceau est à moins de 0,05 m de profondeur. L'extrados de la voûte d'arête qui la jouxte à l'est est dépourvu de son pavement. A la jonction entre ces deux systèmes de couverture, un mur semble recevoir les poussées latérales de la voûte en berceau.

Fig. 14 : Vue du pavement et du mur du « magasin d'artillerie », dans le sondage nord (depuis le nord). Cliché : L. Borel © CEAlex.
Fig. 15 : Vue de l'extrémité sud des voûtes en berceau et de la conduite, dans le sondage sud (depuis sud-est). L. Borel © CEAlex.

Premières interprétations

Ainsi, la fouille précise le mode constructif de la citerne. Elle permet de montrer que les murs de la cuve se prolongeaient jusqu'au pavement recouvrant les voûtes d'arêtes. En partie sud, les murs ont été arasés pour permettre la mise en place des voûtes en berceau. A l'est et à l'ouest, ils ont été prolongés jusqu'au tiers des voûtes pour compenser leurs poussées latérales. La différence de niveaux entre les deux systèmes de couverture est exprimée structurellement et était, semble-t-il, simplement dissimulée sous des remblais (Fig. 16).

La découverte du pavement en pente vers le puits central informe sur le fonctionnement originel de la citerne. Il conviendra, bien entendu, de vérifier l'étendue de ce dispositif. Cependant, nous pouvons déjà supposer qu'il formait une sorte d'impluvium, permettant de compléter l'alimentation - annuelle -  de la citerne par le réseau souterrain, grâce à la récupération -régulière- des eaux de pluie.
La conduite découverte correspond à une ouverture de section carrée, visible à l'intérieur du réservoir, au-dessus d'une canalisation circulaire de 0,20 m de diamètre. Ces éléments constituent le dispositif d’adduction et de trop plein de la citerne après la réfection et le rehaussement de la partie sud de la couverture, puisqu'ils sont positionnés au-dessus du niveau des voûtes d'arête.
Nous pouvons alors supposer que les conduites équivalentes, correspondant au premier état système de couverture sont celles situées dans la travée centrale, à une altitude inférieure. Le niveau de sol découvert à l'ouest pourrait constituer l'indice, fragile, de l'émergence du réservoir dans son état originel. Il pourrait être lié au fonctionnement du « magasin des artilleries » et en constituer la rampe d’accès depuis la rue. La fouille ayant été limitée à 1,50 m de profondeur, pour des raisons évidentes de sécurité, nous n'avons pas pu atteindre les tranchées de fondation de l'édifice. En revanche, les niveaux mis au jour ont déjà livré un matériel très abondant, dont l'étude en cours livrera très probablement des éléments de datation (Fig. 17).

Fig. 16 : Vue du mur recevant les poussées de la voûte en berceau, dans le sondage est (depuis l’est).
Cliché : L. Borel © CEAlex
.Fig. 17 : Vue du mur recevant les poussées de la voûte en berceau, dans le sondage ouest (depuis l’ouest).
Cliché : L. Borel © CEAlex.

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