NÉCROPOLE D'ANFOUCHI : Opération de sauvetage

La tombe n°2

 
Jasmin Badr et Kathrin Machinek, architectes-archéologues
et Jana Helmbold-Doyé, égyptologue
 

L’hypogée n° 2 est particulièrement intéressant pour l’originalité de sa décoration peinte. Sur le premier palier de l’escalier menant dans la tombe, le visiteur aperçoit juste en face de l’entrée une scène de style pharaonique : on distingue le défunt debout au milieu de trois personnages - le dieu Horus, une reine/ déesse (Isis ?) et un roi/ dieu (Osiris ?) - qui le guident dans l’au-delà. Le mort tourne la tête vers l’intérieur de la tombe. La descenderie à trois volées dessert une cour centrale rectangulaire. Les escaliers et la cour sont décorés d’une imitation de maçonnerie à opus isodomum (appareil de gros blocs réguliers) avec en soubassement des dessins d’albâtre veineux polychrome. Les peintures de la cour ont beaucoup souffert au fil du temps, elles sont pratiquement effacées.

plan de la tombe n° 2
Zone de texte: Photo escaliers, scène pharaonique
Vue de la scène pharaonique dans les escaliers
Cliché Jasmin Badr, © Archives CEAlex
Jasmin Badr et Janna Helmbold-Doyé s'entretiennent dans la cour avec un ancien fouilleur alexandrin
Cliché : Kathrin Machinek, © Archives CEAlex
La cour centrale donne accès à deux ensembles souterrains, en face et à droite de l’escalier. Chaque ensemble est constitué de deux chambres consécutives, dont chacune est surmontée d’une voûte en berceau. Les deux antichambres sont conçues sur un plan rectangulaire. Les salles du fond – plus petites que les précédentes en étendue et en hauteur – servaient de chambres funéraires proprement dites. Au moment de la mise au jour, ces pièces contenaient encore des momies qui, selon l’hypothèse d’Adriani, étaient à l’origine allongées sur des lits en bois.
Coupe horizontale de l'hypogée n° 2
DAO : Kathrin Machinek, © Archives CEAlex
chambres 3 et 4
Le décor des deux ensembles souterrains n’est pas identique : les pièces n° 3 et 4 sont dépourvues de fresques. Ici, la roche taillée est simplement revêtue d’un enduit blanc et lisse. Dans une phase ultérieure, éventuellement à l’époque romaine, des inconnus ont couvert ces parois sobres d’inscriptions et de dessins représentant des navires, des bâtisses et des animaux.
Vue dans les chambres n° 3 et 4
Cliché André Pelle, © Archives CEAlex
Dipinti dessiné sur la paroi de l'antichambre ( n° 3 sur le plan)
Cliché André Pelle, © Archives CEAlex
Dans le souterrain voisin en revanche, deux décors différents se superposent. Le plus ancien est l’imitation d’une maçonnerie déjà rencontrée dans l’escalier et la cour : avec une zone inférieure d’orthostates en albâtre et une zone supérieure constituée de plusieurs assises de grands blocs réguliers, leurs joints sont délicatement accentués par de minces lignes colorées. Dans cette première phase, le plafond de l’antichambre (n° 1) fut orné de larges octogones jaunes et de petits carreaux noirs. A un moment donné, on abandonna la décoration initiale et appliqua un nouveau décor sur les parois. Dans cette 2ème phase, les artisans reproduisirent le thème originel du soubassement : des orthostates imitant l’albâtre qui alternent avec des orthostates de granite rose. La zone supérieure montre désormais un nouveau dessin : elle est subdivisée en bandes horizontales, une alternance de damiers noir et blanc avec trois bandes étroites imitant l’albâtre. Des carreaux figurant divers types de couronnes égyptiennes furent peints à intervalles réguliers sur le damier.
Ci dessus :
Haut : Reproduction de l'imitation d'albâtre dans la chambre n° 1
Cliché : Jasmin Badr, © Archives CEAlex
Bas : Fac-similé de l'imitation d'albâtre dans la chambre n° 1
Dessin : Kathrin Machinek, © Archives CEAlex
Ci-contre :
Haut : Carreau décoré d'une couronne égyptienne
Cliché : Jana Helmbold-Doyé
Bas : Fac-similé de la couronne
Dessin : Jana Helmbold-Doyé, © Archives CEAlex
Le magnifique portail qui entoure le passage à la chapelle funéraire du fond se développe sur plusieurs plans. L’encadrement est exécuté dans un riche style gréco-égyptien. Il est composé des éléments suivants : au premier plan, deux piédestaux marquent l’entrée et bordent les deux marches qui montent dans la chambre. Jusqu’à la dernière restauration en 1995, les socles servaient de support à deux sphinx qui furent alors mis à l’abri au Musée gréco-romain. Ils étaient placés le long du mur de part et d’autre de la porte, la tête tournée vers le visiteur. Au deuxième plan, la porte proprement dite est constituée de montants à bandes horizontales blanches et noires, couronnés par des chapiteaux papyriformes stylisés. Les pilastres sont surmontés d’un entablement formé par une architrave à corniche moulurée et dentelée sur lequel repose un petit fronton. Le tympan porte dans son centre un disque solaire. Au troisième plan, se situe l’embrasure de la porte : son linteau est décoré d’une frise d’uraei (cobras dressés).
Dessin historique du portail de passage entre les pièces 1 et 2
Dessin : Achille Adriani, Annuaire du Musée gréco-romain III, (1940-1950, paru en 1952), p. 70, fig. 40
Les parois de la chapelle funéraire sont décorées comme l’antichambre avec un dessin de damier entrecoupé par des bandes d’imitations d’albâtre et garni de carreaux de couronnes égyptiennes. Cette chambre est remarquable par deux détails particuliers : Dans l’axe longitudinal du souterrain, soit en alignement avec les portes, se trouve un petit reliquaire de style égyptien encastré dans le mur du fond. Son soubassement en plâtre est peint à l’imitation d’un socle de bois. Il soutient un encadrement extérieur avec deux étroits montants et une corniche à frise d’uraei. L’encadrement intérieur est constitué de deux minces colonnes papyriformes et d’une corniche décorée
Relevé du mur de fond de la chambre funéraire
Cliché : Kathrin Machinek, © CEAlex
d’une deuxième frise d’uraei. L’intérieur de la niche était peint, des traces de couleurs y sont toujours perceptibles. Le reliquaire est surmonté par un fronton courbe orné de motifs floraux en volutes jaunes sur fond foncé.
Desin du mur de fond où se situe le reliquaire
Dessin Jasmin Badr, © Archives CEAlex

Toutes ces peintures portent les traces des divers artisans passés sur le site à l’époque. Certains motifs sont exécutés d’une main lourde et peu habile, tandis que d’autres montrent une grande maîtrise artistique. Le chef-d’œuvre de l’ensemble des fresques est le plafond voûté de la chambre funéraire. Il représente une architecture illusionniste, des poutres soutenant un tapis richement orné. Sa composition est très complexe avec des lignes se croisant en plans superposés, des éléments décoratifs et des scènes figuratives. Les bandes droites qui parcourent le plafond en longueur et en largeur forment un treillis dont les cases contiennent des représentations figurées avec un seul ou plusieurs personnages. Bien que ces dessins soient en très mauvais état et presque méconnaissables, ils sont étudiés par les spécialistes (Anne-Marie Guimiers-Sorbets) du CEAlex.

Chambre funéraire (n° 2 sur le plan)
Photo Kathrin Machinek, © Archives CEAlex

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