Les nouvelles du terrain

 

Octobre 2015

Nommée par le CNRS en date du 1er juillet 2015, j’ai pris la succession de Jean-Yves Empereur à la tête du Centre d’Études Alexandrines et ai profité des mois d’été pour discuter plus avant avec les membres de l’équipe et compléter mes connaissances sur son fonctionnement. C’est une équipe que je connais bien, puisque j’ai commencé à travailler pour de courtes missions à Alexandrie à l’automne 1989, alors que j’étais membre de l’École française d’Athènes et que Jean-Yves Empereur m’avait invitée à étudier les collections du Musée gréco-romain. À la suite de mon entrée au CNRS en 1994, les missions sont devenues plus longues, elles ont porté au départ sur les verreries et faïences conservées au Musée gréco-romain ou issues des fouilles du CEAlex, puis j’ai été, entre 1997 et 2000, responsable de la fouille de la Nécropolis au Pont de Gabbari, et entre 2000 et 2001, de celle du cimetière de Terra Santa n°2. Ces fouilles ont donné lieu à des publications et à des colloques qu’il a fallu préparer, puis éditer pour la collection des Études Alexandrines. Enfin, je me suis occupée tout au long de ces années de la bibliothèque et des archives scientifiques du CEAlex.

L’équipe compte au 1er septembre 2015 85 collaborateurs permanents, dont deux chercheurs et 8 ingénieurs du CNRS ou du MNESR, une Volontaire de solidarité internationale, 58 employés égyptiens et 14 chercheurs associés de diverses nationalités.

Faruk Bilici, professeur en études ottomanes et histoire turque à l’INALCO, qui a passé deux ans avec nous à travailler sur Alexandrie à l’époque ottomane dans le cadre d’une délégation CNRS est rentré en France pour reprendre ses fonctions. Delphine Dixneuf, notre céramologue pendant six ans, est, elle, entrée au Laboratoire d’archéologie médiévale et moderne en Méditerranée d’Aix-en Provence. Tous deux continueront à travailler avec le CEAlex sur les dossiers qui leur ont été confiés. Charlotte Gleize, VSI missionnée par la région PACA à travers France-Volontaires, nous a rejoints au 1er septembre et vient en appui au Service pédagogique pour un an.

Durant cet automne, le travail va être partagé entre la fouille, les études et la préparation des Journées du Patrimoine.

honor frost

Les fouilles sous-marines vont reprendre pour l’automne le 4 octobre. Au pied du fort Qaitbay, les archéologues-plongeurs vont continuer à constituer le relevé photogrammétrique de ce site monumental d’1,3 hectare. Déjà, à la fin de la campagne de printemps, une surface d’environ 3300 m2 (60,8 m X 58,7 m) a été couverte par 17222 images traitées en photogrammétrie, ce qui représente un peu plus de 25 % de la surface totale du site. Plus au large, sur le site de l’épave QB1, la cargaison d’amphores italiennes de la fin du Ier siècle av. J.-C. sera documentée par des photos et des dessins et les relevés topographique et photogrammétrique du site seront poursuivis.

Ces travaux sous-marins sont soutenus par la Honor Frost Foundation, que nous tenons à chaleureusement remercier pour son aide.

Fig. 1 : Honor Frost, juste après une plongée sur les ruines immergées du Phare, au milieu des plongeurs du Centre d’Études Alexandrines, au fort Qaitbay, le 10 octobre 1995. Cliché J.-Y. Empereur, © CEAlex/CNRS
Les études des membres de l’équipe se poursuivent à bon rythme, qu’elles soient consacrées à la préparation de la publication des fouilles des sites de Marea et d’Akadémia, à celle des découvertes du Boubasteion ou des Aegyptiaka d’Alexandrie, ces blocs architecturaux ou ces statues d’époque pharaonique retrouvés sous l’eau ou à terre dans la ville, mais aussi à la cartographie historique, à la presse francophone d’Égypte ou encore à l’archéologie médiévale et à l’occupation de la campagne alexandrine. Deux archéo-anthropologues sont avec nous ces mois de septembre et d’octobre pour travailler à un livre sur la crémation à Alexandrie,  depuis sa fondation jusqu’à la fin du Haut empire romain à partir d’un corpus de plus d’une cinquantaine d’urnes cinéraires fouillées selon des techniques très spécifiques. Nous attendons dans les jours prochains un bibliothécaire du réseau FRANTIQ qui va nous aider à entrer dans un réseau réunissant une grande partie des bibliothèques d’archéologie de France, et pour le mois de novembre, une équipe d’archéozoologues du Museum d’Histoire Naturelle avec lesquels nous sommes en train de bâtir un programme sur la faune d’Alexandrie et de sa région à travers les âges et ses interactions avec l’humain.

Les journées du patrimoine alexandrin, que le CEAlex coordonne depuis 2010 et dont c’est cette année la sixième édition auront lieu du 13 au 20 novembre prochain et nous serions heureux de vous y accueillir pour partager avec vous visites de la ville et de ses monuments et sites archéologiques, conférences, spectacles et expositions. Cette année, le CEAlex prépare une exposition sur le thème « les Écoles dans les palais » Dans le seul « Quartier grec », au centre-ville, voisin du siège du CEAlex, on recense des dizaines de villas construites à la fin du xixe siècle ou au début du siècle suivant par de riches cotonniers ou marchands de bois de l’époque. Certaines sont bien conservées, surtout quand elles sont transformées en musée, comme la villa Bassili qui est devenu le Musée national, rue Fouad ; en consulats, comme le Consulat libanais, rue Fouad ou en centres culturels : rue des Pharaons, on voit la villa Salvago (Centre culturel russe), la villa Rollo (Goethe Institut). Parmi ces villas, achetées, confisquées ou séquestrées dans les années 1950-1960, certaines résonnent de cris d’enfants, jouant dans les cours de récréation : des écoles ont été installées dans ces murs (fig. 2).

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fig 2 : Ancienne Villa d’Emmanuel Benaki, aujourd’hui École des Fatimides. Cliché A. Pelle, © CEAlex/CNRS

Les bâtiments sont bien entretenus et, depuis la rue, on aperçoit les façades à colonnades, les escaliers monumentaux en marbre importé d’Italie ou de Grèce, parfois des vitraux signés par des artistes français (de Nancy). Tous les espaces sont occupés par de sages élèves qui passent leurs jeunes années à étudier dans le cadre de ces palais. Nous souhaitons à travers des panneaux historiques, des photos d’aujourd’hui par notre photographe, Philippe Soubias, et des aquarelles réalisées par l’équipe des « Urban Sketchers » d’Alexandrie dirigée par l’architecte Mohamed Gohar, sensibiliser les enfants et le grand public à l’histoire des bâtiments dans lesquels ils travaillent ou qu’ils fréquentent.

Enfin, nous sommes heureux d’annoncer la parution imminente de trois nouveaux volumes de la collection Études Alexandrines.

etudes alexandrines 33

Les Actes du colloque La batellerie égyptienne mettent en évidence les caractéristiques propres de la batellerie égyptienne qui ne saurait totalement se confondre avec la batellerie nilotique. S’y ajoute celle des grands lacs situés au nord du Delta ainsi que le réseau complexe des communications mettant en jeu le fleuve, les lacs et les canaux. Pour faire apparaître les particularités et les permanences, les études portent sur la longue durée, de l’Égypte pharaonique aux temps modernes, et font appel aussi bien aux sources archéologiques, historiques, philologiques et papyrologiques qu’ethnographiques.

lexicon t2 Le deuxième volume du Lexicon des matrices des éponymes rhodiens, recense les matrices apposées par les archontes éponymes (qui donnent leur nom à l’année) de la cité de Rhodes sur les anses des amphores rhodiennes d’époque hellénistique. Il est l’écho de l’activité intense de nos collègues turcs et de leurs étudiants de l’Université Ege d’Izmir, qui passent régulièrement trois mois par an avec nous à Alexandrie. Jean-Yves Empereur, en tant que chercheur du CEAlex, est en train de reprendre ses études dans ce domaine.
in memoriam honor frost Dédié à la mémoire d’Honor Frost, l’ouvrage Alexandria under the Mediterranean comprend la bibliographie complète de cette pionnière de l’archéologie sous-marine, puis un article inédit de sa main sur les liens entre Byblos et l’Égypte, l’un de ses thèmes de prédilection. Outre la fouille de deux bateaux de guerre puniques à Marsala (Sicile), Honor Frost (fig. 1) a consacré une grande partie de ses recherches aux ancres marines.
Après la présentation – par une équipe d’océanographes de l’Université de Patras – du paysage sous-marin d’Alexandrie, de sa formation géomorphologique et de ses dangers pour la navigation (fig. 6), le volume comprend un catalogue raisonné de plus de 150 ancres découvertes depuis les abords du Port est jusqu’à Maamoura, sur plus de 15 km de côte, par trois missions archéologiques sous-marines, égyptienne, française et grecque, témoignages de la forte concentration du commerce maritime aux abords de la mégapole égyptienne.

Pour finir, je tiens à remercier tous ceux qui nous soutiennent dans nos efforts pour sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine alexandrin, notamment le CNRS, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le Ministère français des Affaires Étrangères et du Développement International, la région PACA, l’INRAP, l'Association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez, la Honor Frost Foundation, les membres de l’Association des Amis du CEAlex, avec ses deux composantes régionales, Sarthe-Alexandrie et Alexandrie-Île-de-France. Mentionnons enfin que le CEAlex s’est vu décerner le Prix Jean-Édouard Goby qui récompense un travail sur l’Égypte et l’œuvre française en Égypte par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Marie-Dominique Nenna
Directeur de recherchre CNRS
Directrice du CEAlex

zone cotiere

fFig. 6 : Reconstruction bathymétrique en 3D de la zone côtière d’Alexandrie aux époques hellénistique et romaine.
L’ancienne ligne de côte est marquée par une ligne rouge.
Auteurs @ G. Papatheodorou, M. Geraga, A. Chalari, D. Christodoulou, M. Iatrou, G. Ferentinos


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