Les nouvelles du terrain

 

Jean-Yves Empereur, Directeur du CEAlex, juin 2015
Le Centre d’Études Alexandrines vient de fêter ses 25 ans : une semaine de festivités, avec des cérémonies officielles, puis une alternance entre visites de terrain, conférences et projection de films-maison. Honorées par une visite du CEAlex par le Ministre des Antiquités, le Dr. Mamdouh el-Damati, ces journées ont été inaugurées à l’Institut de France en Égypte à Alexandrie (1), devant un large public, par l’Ambassadeur de France en Égypte, M. André Parant, et la Consule Générale de France à Alexandrie, Madame Dominique Waag, ainsi que par la Direction de l’Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS et des Représentants de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (2).
La visite du chanter d'Akademia

La Bibliothèque Maurice Picon, don de ses enfants en la mémoire du savant archéomètre avec qui plusieurs membres du CEAlex ont longtemps collaboré (3), a été ouverte au public en présence de sa fille, Anne-Françoise Picon : elle contient un millier de volumes et d’études sur l’histoire des techniques, l’archéométrie et l’ethnographie, ainsi que l’ensemble des œuvres publiées de Maurice Picon (4).

bibliothèque Maurice Picon
Bibliothèque Maurice Picon. Cliché J.-Y. Empereur, © CEAlex

C’est le 1er mars 1990 que le CEAlex a vu le jour et un quart de siècle après, l’équipe se porte bien avec ses 86 collaborateurs permanents, de professions diverses – sans oublier les ca. 200 missionnaires par an – qui lui permettent d’entreprendre des fouilles tant terrestres que sous-marines, des restaurations, des études archéologiques et historiques qui aboutissent à des publications embrassant la longue durée de l’histoire de la ville d’Alexandrie. Aurait-on pu prédire alors que ces découvertes relatées dans les quelque 35 volumes de la série des Études alexandrines entraîneraient une nouvelle approche, une nouvelle écriture de l’histoire de la ville d’Alexandre ?

Ces 25 ans de travaux menés sans relâche au cœur de la grande cité méditerranéenne sont illustrés dans un film réalisé à l’occasion de cet anniversaire. Il est  dû au talent des vidéastes Raymond Collet et André Pelle et on peut le voir sur le site youtube. Il retrace les fouilles terrestres au centre-ville, au Majestic, au Diana avec la découverte de la première mosaïque, celle de la Méduse, aujourd’hui exposée au Musée national de la ville ; les mesures géophysiques en vue de repositionner le tracé de l’Heptastade ; les fouilles de la Nécropolis ; l’exploration du territoire alexandrin, de sa campagne proche, la chôra, avec les fouilles de Maréa et celles en cours d’Akadémia, sur la rive méridionale du lac Mariout ; la redécouverte du Phare avec ses statues colossales et ses milliers de blocs architecturaux dépassant pour certains les 70 tonnes ; les expositions (Paris, Agde, Neuchâtel, Le Mans, Mariemont), les films, les publications, etc.


Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur cette histoire relativement jeune du CEAlex et je mettrai l’accent sur les derniers développements de nos recherches.

Les dernières avancées concernent notamment les études céramiques. La signature d’une convention avec la Fondation de la Maison de la Chimie permet d’étendre considérablement l’équipement du Laboratoire Michel Wuttmann de caractérisation des matériaux, inauguré il y a deux ans au 8ème étage du siège du CEAlex. Ces nouvelles machines serviront à l’analyse chimique des céramiques, mais aussi des métaux, des pigments et des matières organiques. Parallèlement, le 20 mai 2015, une nouvelle rencontre dans le cadre de l’ANR franco-allemande CeramEgypt a rassemblé une quinzaine de participants, afin de faire le point sur les études de la céramique mise au jour par le CEAlex à Alexandrie, à Boutô (fouilles dirigées par Pascale Ballet), dans l’îlot de Nelson (fouilles dirigées par Paolo Gallo) ainsi qu’à Schédia (fouilles de l’Université de Cologne dirigées par Marianne Bergmann et Michaël Heinzelmann). Les progrès concernent les identifications des céramiques fines importées (Italie du Sud, Crète, Rhodes, etc.), les céramiques culinaires, les amphores et la distinction entre les pâtes alluviales égyptiennes sur lesquelles l’accent sera mis désormais.

Le programme ANR Géomar progresse, les prospections sur le terrain enrichissant le SIG des sites archéologiques de la rive méridionale du lac Mariout. Un nettoyage du site Amreya 1, appelé Kôm de la Carrière (5), est en cours et une quatrième campagne de fouilles sur le site d’Akadémia sous la direction de Valérie Pichot, grâce au soutien du Ministère français des Affaires Étrangères, a permis de dégager de mars à mai 2015 sur plus d’un centaine de mètres le système d’adduction d’eau par une saqieh d’un domaine agricole en activité au vie siècle après J.-C. Le domaine a donc connu une activité depuis le IIe siècle après J.-C., comme le prouvent les fours et dépotoirs d’amphores d’Apollônios dégagés durant les dernières années et une phase datant de l’Antiquité tardive, voire de la période arabe, comme le prouvent les nombreuses monnaies, témoignages du passage de pèlerins vers le monastère voisin de Saint-Ménas.
La fouille du site de Bahig commencera à l’automne prochain. Elle complètera le dispositif entrepris dans le cadre de Géomar par l’exploration de deux collines intouchées depuis l’Antiquité dont une simple prospection en surface révèle des traces d’occupation grecque du vie siècle avant J.-C. Ce chantier constituera une école de fouilles du CEAlex pour la formation des jeunes archéologues égyptiens. Son objectif scientifique consistera à examiner un point de plus des installations grecques autour d’Alexandrie, antérieures à la fondation de la nouvelle capitale par Alexandre le Grand, s’ajoutant aux résultats des fouilles récentes de Plinthine, Boutô et de l’îlot de Nelson (6).
Chantier d’Akadémia, orthophoto de la saqieh et de ses canalisations, vers le Sud, 2015. Image Mohamed Abdel Aziz, Philippe Soubias, © CEAlex

Grâce à la Honor Frost Foundation (HFF), la fouille sous-marine se poursuit, avec une campagne sur le site du Phare et une autre sur l’épave de QB1, avec sa cargaison d’amphores Lamboglia 2. Nous espérons produire une image photogrammétrique complète des deux sites d’ici la fin de cette année.


etudes alexandrines 33

La HFF nous a aussi apporté son soutien pour la publication des deux volumes de la série des Études alexandrines : le volume 34, intitulé La Batellerie nilotique (P. Pomey éd.) et le volume 36, Under the Mediterranean (G. Soukiassian éd.) – avec une centaine d’ancres localisées le long de la côte alexandrine par les missions archéologiques sous-marines égyptienne, grecque et française – qui paraîtront au mois de juillet 2015.

Signalons enfin un troisième volume, no 33, qui vient de paraître : G. Şenol, Lexikon of Eponyms Dies on Rhodian Amphora Stamps, le premier d’une série de 4 tomes regroupant plus de 5000 matrices de timbres amphoriques au nom des éponymes rhodiens. Dans la même série seront ensuite publiées les matrices des fabricants rhodiens, d’environ le même nombre.

Pour finir, je tiens à remercier tous ceux qui nous soutiennent dans nos efforts pour sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine alexandrin, notamment le CNRS, le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le Ministère français des Affaires Étrangères, les membres de l’Association des Amis du CEAlex, avec ses deux composantes régionales, Sarthe-Alexandrie et Alexandrie-Île-de-France.

Je terminerai cette lettre qui sera la dernière signée de ma main : après ces 25 ans passés à la tête du CEAlex, le temps est venu de transmettre le témoin (7). Un successeur est déjà suscité et sa nomination officielle par les Autorités du CNRS ne saurait tarder. Je retournerai donc à mes chères études, aux dossiers scientifiques que j’ai trop longtemps délaissés et je laisserai à des mains plus jeunes le soin d’administrer notre équipe du CNRS à Alexandrie.

Jean-Yves Empereur


Notes :

  1. Je tiens à remercier Madame Véronique Rieffel, Directrice de l’IFE à Alexandrie pour avoir accueilli la première journée de ces manifestations ; les journées suivantes se sont déroulées dans la salle de réunion du CEAlex. retour

  2. Le CNRS était représenté par M. Pascal Marty, Directeur adjoint pour l’Europe et l’International à l’INSHS, Madame Diane Brami, Chargée pour la coopération internationale ainsi que par Madame Hélène Naftalski, Déléguée Régionale du CNRS (DR 16-Paris Michel-Ange) et Monsieur Philippe Gasnot, Fonctionnaire Défense-Sécurité ; l’AIBL était représentée par Messieurs Nicolas Grimal et Olivier Picard. Que ces institutions et leurs représentant(e)s soient ici chaleureusement remercié(e)s pour leur participation à ces manifestations. retour

  3. J.-Y. Empereur, M. Picon, « Les ateliers d'amphores du lac Mariout », in Commerce et artisanat dans l'Alexandrie Hellénistique et romaine, Actes du Colloque d'Athènes, 11-12 décembre 1988, Bulletin de Correspondance Hellénique Suppl. 33, 1998, p. 86, no 7 ; voir aussi pour la carrière,  F. El-Fakharany, « The Kibotos of Alexandria », in S. Stucchi, M. Aravantinos (éd)., Giornate di studio in onore di Achille Adriani (Rome, 1984),  Studi Miscellanei 28, Rome, 1991, p. 23-28. retour

  4. Je renvoie à la précédente lettre “ Les nouvelles du terrain d’août 2014” sur ce même site  pour un développement sur ce point de l’occupation grecque archaïque autour d’Alexandrie et du synoecisme qui s’en est ensuivi. retour

  5. Terminons sur ce satisfecit de l’HCERES qui vient de rendre publique son évaluation sur le CEAlex - retour



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