Les dernières nouvelles du terrain

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Jean-Yves Empereur
Directeur du CEAlex
Mai 2013

 

 

 

 

1a - Le laboratoire de caractérisation des matériaux, 8ème étage du CEAlex

Le Centre d'Études Alexandrines est engagé dans deux projets soutenus financièrement par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) : CéramAlex, un projet franco-allemand d'étude de la céramique trouvée à Alexandrie et dans sa région. Avec nos collègues de l'Université de Cologne, nous nous sommes investis dans l'établissement d'une typochronologie et aussi d'une approche archéométrique, grâce à l'acquisition conjointe d'un appareil Niton d'analyse XRF des compositions chimiques des argiles. Par ailleurs, un second projet, intitulé Géomar et inauguré en janvier dernier, est consacré à l'établissement d'une carte archéologique de la région au sud du lac Mariout. Ce projet réunit le laboratoire Ecolab (CNRS et Université de Toulouse 3), le CEREGE et le CEAlex, en collaboration avec le Conseil Suprême des Antiquités Égyptiennes. L'enregistrement des sites archéologiques, l'établissement d'un Système d'Information Géographique (SIG) et les prospections sur le terrain sont les principaux moyens pour essayer de reconstituer le paysage antique dans ce milieu limitrophe des zones humides et du désert, du lac et des canaux nilotiques d'une part et de la gestion de l'eau souterraine au moyen de citernes et de canaux drainants creusés dans le substrat rocheux d'autre part. Les analyses organiques (pollens, restes macro-végétaux, etc.) contribuent pour une part importante à la reconstitution du paysage de la région concernée par le projet.

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Ces deux programmes ont amené le CEAlex à équiper un laboratoire de caractérisation des matériaux qui est réparti entre l'entrepôt archéologique de Shallalat et des locaux aménagés au siège du CEAlex.
Le jeudi 7 mars 2013, ce laboratoire a été inauguré, sous le nom de « Laboratoire Michel Wuttmann ». Cet Ingénieur hors pair, rattaché à l'IFAO depuis une trentaine d'années, entretenait une collaboration étroite et fidèle avec le CEAlex. Sa disparition le 10 février 2013 a beaucoup affecté les membres de notre équipe et son souvenir restera lié à notre nouveau laboratoire.
Placé sous la direction de Valérie Pichot, archéologue-archéométallurgiste, ce laboratoire comprend maintenant un Ingénieur chimiste et un pétrographe. La combinaison des analyses chimiques du Niton XRF avec l'examen pétrographique nous permet d'aborder d'une manière efficace la caractérisation des pâtes céramiques. Ces applications seront étendues aux autres matériaux du mobilier sorti de nos fouilles (métal, pierre, etc.).

1b - Le laboratoire Michel Wuttmann
a été inauguré le 7 mars 2013
labo, 8e
1c - Une autre vue du laboratoire de caractérisation des matériaux

Un troisième projet entre dans le cadre des Pics* du CNRS :
intitulé Alexandrie avant Alexandre, il a pour objectif d'examiner dans un cadre franco-italien, les traces archéologiques de l'occupation du site avant l'arrivée du Macédonien en Égypte. Les fouilles de Paolo Gallo à la tête de la Mission italienne de la fouille de l'îlot de Nelson ont mis au jour des vestiges d'une occupation antérieure à 331 avant J.-C. À Alexandrie, les tessons de poterie datant d'avant la conquête grecque se comptent sur les doigts d'une main, mais les éléments d'architecture et de sculpture remontant à l'époque pharaonique sont légion. Certains de ces aegyptiaka ont été publiés par Paolo Gallo dans les Études Alexandrines et d'autres ont été découverts au cours des fouilles sous-marines sur le site du Phare. Les égyptologues nous apprennent que les inscriptions hiéroglyphiques que portent la plupart de ces obélisques, blocs d'architecture, sphinx et autres sculptures, indiquent une provenance du Delta, quelquefois Saïs et, dans la grande majorité, Héliopolis. Leur présence à Alexandrie ne change donc rien à l'histoire de la ville, si ce n'est qu'Alexandrie était parée d'un décor égyptisant qui rattachait la nouvelle fondation au passé du pays. En revanche, les alentours de la ville à l'est, tout comme autour du lac Mariout, connaissaient une occupation plus ancienne, tant des Égyptiens que des Grecs. C'est ce que ce nouveau projet essaiera de cerner, en expliquant comment la nouvelle cité a été peuplée par des immigrants du monde égéen, mais aussi des populations qui étaient déjà installées dans les environs. Cette proximité –attestée pour les habitants de Canope obligés de migrer vers la nouvelle capitale– explique la rapide expansion de la ville et l'installation quasi-immédiate de cultes égyptiens, comme ceux d'Isis et de Boubastis.

* Le PICS est un projet scientifique établi et présenté conjointement par deux équipes de recherche, l'une au CNRS et l'autre à l'étranger.

La numérisation de la Presse Francophone d'Égypte progresse :
environ 35.000 pages sont désormais disponibles sur le site internet et, à la tête de son équipe de 8 opérateurs à plein temps, Marie-Delphine Martellière met en ligne de nouveaux journaux et de nouveaux périodiques sans discontinuer. L'augmentation de notre collecte se dessine de deux manières. Grâce à l'un de nos collaborateurs, Mahmoud Fathy, nous venons d'acquérir un lot de plus de 4000 journaux, presse francophone, mais aussi italophone, hellénophone et anglophone d'Égypte. Les marchands de vieux papiers d'Alexandrie nous connaissent et dès qu'ils trouvent des lots de journaux, ils nous les signalent. C'est désormais le fonds qui manque le moins, mais la place pour classer et entreposer toute cette documentation devient un sujet de préoccupation. Un nouvel accord est en cours de négociation avec la Bibliothèque municipale d'Alexandrie pour avoir accès au fonds exceptionnel des journaux qui y sont conservés. L'Association des Amis du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez nous a versé une subvention pour la numérisation de la presse des villes du canal et nous mettons actuellement en ligne les exemplaires du Bosphore égyptien que nous avons pu acquérir. Nous prévoyons une nouvelle rencontre des participants au programme de la PFE cet automne à Alexandrie, débouchant sur la publication d'un volume qui fera la synthèse sur ces dernières années de travail, avant d'élargir notre projet aux presses hellénophone et italophone d'Égypte, dans le cadre d'un programme européen. Je signalerai pour terminer sur ce sujet que le thème des journaux publiés dans une autre langue que celle du pays connaît un intérêt grandissant : récemment s'est formé un groupe d'étude autour de l'Université de Saint-Quentin, Transfopress dont on consultera le site.
On se reportera au site de la PFE pour avoir plus de détails sur ces programmes.

L’exposition « Du Nil à Alexandrie » continue son chemin en Belgique :
elle a été inaugurée le 19 avril dernier au Musée de Mariemont et elle durera jusqu’au 29 septembre 2013. Elle a été conçue par Isabelle Hairy, architecte-archéologue dans notre équipe, avec Burçak Madran, muséologue, en collaboration avec Marie-Cécile Bruwier, directrice du Musée de Mariemont et Arnaud Quertinmont, égyptologue.L’un des intérêts de cette re-création est de présenter, en relation avec le thème de l’eau, des objets antiques appartenant largement à des collections belges, publiques et privées, parfois inédits. Ils sont présentés dans un beau catalogue (190 pages, 21 €, ISBN 978-2-930469-50-8) qui complète la somme publiée par notre équipe sous la direction d’Isabelle Hairy, Du Nil à Alexandrie, 2ème édition, 2011, distribué par de Boccard. L’ensemble donne une image très différente des expositions précédentes à Neuchâtel et au Mans. La nouvelle exposition connaît déjà un beau succès de fréquentation. On verra le site du musée de Mariemont.

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2 - La pièce d’entrée de l’exposition Du Nil à Alexandrie, inaugurée le 19 avril 2013 au Musée de Mariemont (Belgique)

Parallèlement, nous concevons une autre exposition sur le thème de la vie quotidienne dans l’Alexandrie grecque, romaine et byzantine. Nous y montrerons les salles à manger antiques mises au jour au cours de nos fouilles de sauvetage dans la ville au cours de ces 20 dernières années, avec les mosaïques qui en revêtaient le sol. Ces mosaïques sont en cours de traitement, grâce au mécénat de la Fondation BNP-Paribas, au sein de notre laboratoire de restauration, sous la direction de Hana Tewfick. Cette nouvelle exposition sera créée au Musée d’Art et d’Histoire de Genève à l’horizon 2015.

Au contraire du reste de l’Égypte, où les fouilles se pratiquent l’hiver, nos travaux sur le terrain vont bientôt commencer. Début juin reprendra une nouvelle campagne sur le site sous-marin du Phare et une seconde saison de 3 mois sur la villa viticole d’Akadémia au sud du lac Mariout. Nous donnerons donc des nouvelles de ces recherches sur le terrain dans notre prochaine chronique.

Je terminerai par nos publications :
désormais imprimés en Belgique chez Peeters à Leuven, nos volumes sont diffusés par de Boccard. Deux livres sur les monnaies ont paru ainsi qu’un volume sur l’enfant et la mort dans l’Antiquité. Six autres volumes sont actuellement sous presse et vont paraître dans les mois qui viennent. Une dizaine de livres devraient voir le jour d’ici la fin de l’année.

Etudes Alexandrines : 25, 26 et 27
3 - La couverture des 3 derniers volumes publiés par le CEAlex (collection études Alexandrines, 25, 26 et 27)

Je remercierai les Institutions qui soutiennent nos travaux, le CNRS et plus particulièrement l’Institut National des Sciences Humaines auquel nous appartenons ; le Ministère des Affaires Étrangères et Européennes ; l’Agence Nationale de la Recherche ; d’une manière générale, tous ceux qui nous soutiennent dans nos efforts pour sauvegarder et mettre en valeur le patrimoine alexandrin, notamment les membres de l’Association des Amis du CEAlex, avec ses deux composantes régionales, Sarthe-Alexandrie et Alexandrie-Île-de-France.


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