Les dernières nouvelles du terrain

Décembre 2005

Chères Amies, Chers Amis,

Vous allez découvrir une toute nouvelle mouture du site internet d’une équipe du CNRS, le Centre d’Etudes Alexandrines : plus riche, mieux organisé grâce aux doigts experts de Danielle Guiraudios, il vous montrera la variété de nos efforts pour la sauvegarde du patrimoine alexandrin. Patrimoine enfoui, tout d’abord, avec la continuation de la fouille de la citerne Gharaba, à l’ouest de la ville. Comme vous le savez, les citernes représentent un thème prioritaire de nos recherches, avec la fouille de plusieurs d’entre elles et l’étude de la mise en valeur de la citerne el-Nabih grâce au soutien financier de Gaz de France. De magnifiques maquettes de ces citernes sont en cours de réalisation et vous en découvrirez ici des images récentes. Nous espérons monter prochainement une exposition sur l’histoire de l’hydraulique à travers les 2.300 ans de la ville, examinant comment les Alexandrins, comptant peu sur l’eau de pluie, détournaient, stockaient et distribuaient l’eau du Nil.

Les fouilles terrestres de Terra Santa se sont achevées en juin 2004, avec des résultats surprenants : alors que deux équipes indépendantes de géophysiciens, l’une grecque et l’autre allemande, avaient dressé deux cartes indiquant de nombreuses anomalies dans le sous-sol, la fouille a révélé qu’en fait le rocher apparaissait parfois à quelques centimètres sous la surface de la ville moderne, tandis qu’à plusieurs endroits un front de taille d’une carrière de calcaire descendait verticalement de 5 mètres. Pas de vestiges médiévaux ni antiques en surface, seuls des puits et des canalisations souterraines attestaient une occupation ptolémaïque dont les structures semblent avoir été systématiquement déblayées à l’époque moderne.

Rue Fouad, la première zone de fouilles a été explorée jusqu’à la nappe phréatique et les couches hellénistiques ont été atteintes dans un quartier d’habitation qui s’inscrit dans un urbanisme orthogonal. L’étude de la stratigraphie et du mobilier a commencé et aboutira à une publication de référence sur ce quartier voisin de la Voie Canopique.

Sur la rive sud du lac Mariout à environ 40 km au sud-ouest d’Alexandrie, la fouille de l’île de Maréa a grandement progressé, avec la mise au jour d’un important atelier de métallurgie antique. Ce site, généralement daté du Vème-VIIème siècle après J.-C., révèle maintenant une occupation remontant à l’époque hellénistique. Au nord de l’île, les arasements d’un grand bâtiment ont pu être dessinés : ce sera l’objet d’une nouvelle fouille dans les mois qui viennent.

Les fouilles sous-marines continuent au rythme devenu habituel de deux campagnes par année. Sur le site monumental au pied du fort Qaitbay, la documentation sur l’immense puzzle submergé progresse et l’on parle de reconstruire prochainement la porte colossale du Phare près de la Bibliotheca Alexandrina. Affaire à suivre… Quant aux épaves, leur exploration se poursuit et permettent de mieux cerner les relations commerciales entre Alexandrie et le reste de la Méditerranée.

 

À la demande du Conseil Suprême des Antiquités, nous avons participé en octobre et novembre 2005 au réaménagement du musée sous-marin en plein air sur le site du Théâtre romain, au cœur de la ville. En 1996, une trentaine de pièces –sphinx, obélisques, etc.- avaient été retirées du site sous-marin du Phare, mises à terre, désalinisées puis disposées à cet endroit. Neuf ans après, cette exposition nécessitait un sérieux rafraîchissement : on découvrira plus de détails sur la nouvelle disposition dans un chapitre consacré aux fouilles de Qaitbay

Musée sous-marin en plein air au Théâtre romain d'Alexandrie : opération de remontage de l'obélisque de Séti 1er. Mise en place du fragment le plus élevé.
Cliché © CEAlex.

Inaugurée il y a deux ans, la Bibliotheca Alexandrina est en train de réaliser tous les espoirs qu’on pouvait mettre dans cette nouvelle institution et même au-delà de ce qu’on pouvait imaginer. Autour de la bibliothèque se sont développés des musées, des expositions, un centre de congrès qui accueille d’innombrables manifestations internationales de grande qualité. La Bibliotheca est devenue la véritable locomotive cultuelle d’Alexandrie. Bien implantée dans le sol alexandrin, elle s’attèle au développement harmonieux de la ville et nous sommes en tractation pour la signature de plusieurs accords sur le sauvetage et la mise en valeur du patrimoine alexandrin. Dans notre prochain bulletin, nous vous ferons part plus en détail de ces projets qui concernent aussi bien la numérisation de la presse francophone d’Égypte (sauvetage de la mémoire récente de la cité) que l’exploration de son sous-sol.

Vous verrez que notre rythme de publication n’a pas faibli : la collection scientifique des Études alexandrines compte 9 volumes à ce jour et 6 autres sont sous presse à l’IFAO, sur des sujets aussi divers que les Tanagras du Musée gréco-romain, les fouilles du Phare, Alexandrie médiévale, les citernes, etc.). À côté des ces ouvrages destinés aux spécialistes, nous avons continué notre effort de partage des connaissances vers un large public, par des films documentaires de 13 minutes : réalisés par Raymond Collet et André Pelle (photographe au CNRS), ils concernent le sort réservé aux monnaies antiques trouvées au cours de nos fouilles ou la manière dont Michel Coqueret réalise ces extraordinaires maquettes au 1/20ème des citernes anciennes. Cinq films sont déjà disponibles et une quinzaine d’autres sont programmés pour les mois qui viennent. Cette nouvelle collection qui s’attache à montrer toutes les facettes du métier d’archéologue intéressera les élèves, les étudiants et tous les passionnés d’archéologie.

Je suis particulièrement heureux d’annoncer le lancement d’une collection de DVD-Rom sur les Grandes expéditions scientifiques du 19ème siècle. Dès maintenant, vous pouvez souscrire avec un prix préférentiel à la Description de l’Égypte : sur un support plastique de 35 grammes et de 12 cm de diamètre, vous découvrirez les 9.500 pages de texte et 1.000 planches, interrogeables dans tous les sens . Les DVD-Roms suivants –à paraître dans les premiers mois de 2006- comprendront les Voyages de Vivant Denon et Les monuments d’Égypte et de Nubie de Champollion.

Dans le même souci de saine vulgarisation, nous avons continué à confier aux éditions Harpocrates Publishing le soin de publier des ouvrages sur Alexandrie : les nouveautés sont Alexandrie sous tes voiles poème et huiles de Julien Solé ; un recueil de photographies d’André Pelle sur des textes de Georges Moustaki, Les couleurs d’Alexandrie et d’autres titres sont annoncés comme les saynètes croquées par Marine Estrangin, Les visages d’Alexandrie. Vous pourrez consulter le catalogue sur le site http://www.harpocrates.com.eg

Le onzième numéro de notre Chronique des travaux récents de notre équipe a été envoyé au cours du mois de juin. Une partie est réservée aux membres de l’Association des Amis du CEAlex : leur nombre est passé de 140 en 2004 à 213 cette année et je tiens à les remercier chaleureusement pour leur soutien, de même que les sociétés Gaz de France, Vinci, Rhodia et la Fondation BNP Paribas pour leur aide efficace dans nos efforts pour sauver le patrimoine d’Alexandrie. Nos remerciements vont aussi aux communautés territoriales, les régions Paca et Midi-Pyrénées et, last but not least, au Ministère des Affaires Etrangères, au Ministère de l’Education et de la Recherche ainsi qu’aux organismes de tutelle de notre équipe, à savoir l’IFAO et le CNRS. À tous, un grand merci !

Jean-Yves Empereur
Directeur du CEAlex
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