Les dernières nouvelles du terrain

Décembre 2002

Tout d'abord, des nouvelles des fouilles qui s'achèvent, > accueil<
La fouille de sauvetage du Césaréum (ancien garage Lux) s'est achevée comme prévu au 31 août dernier. Nous avons pu atteindre le rocher naturel et rendre ainsi le terrain à son propriétaire. Nous attendons maintenant qu'il reloge les boutiquiers qui occupent encore le dernier quart de ce grand quadrilatère destiné à la construction d'un grand centre commercial : le vieux Marché français que nous regardons avec une certaine envie depuis une dizaine d'années est encore debout pour quelques mois…
Cette fouille du Lux fut pleine d'enseignements divers sur la topographie d'Alexandrie, ces agencements de citernes médiévales, avec la mise au jour d'un cimetière chrétien lié à l'église du Césaréum ou aux restes du temple impérial lui-même avec cette superbe statue d'empereur cuirassé, Marc-Aurèle ou Septime Sévère, cette pièce au plafond à caissons stuqués avec un décor de nelumbos encore polychromes et ces fûts de colonnes au diamètre impressionnant.
puis de celles qui sont en cours...

Les trois autres chantiers en cours ont remarquablement progressé :

La fouille d'une citerne d'époque ottomane à l'ouest de la ville, dans le quartier de Kôm el-Nadura, nous permet de dégager pour la première fois les superstructures de l'un des ces immenses réservoirs, qui devaient en partie surplomber la rue voisine, et de mieux comprendre les systèmes de puisage, notamment au moyen d'une saqieh.

Rue Fouad, sur le terrain appartenant au patriarcat grec orthodoxe, au milieu des recreusements de l'époque ottomane, la fouille atteint par endroit des niveaux homogènes du Ier siècle avant J.-C., avec un mobilier de grande qualité.

Les travaux de restauration du fort Qaitbay nous fournissent l'occasion de procéder à des sondages dans l'enceinte du château mamelouk. Des structures appartenant à l'époque hellénistique apparaissent, mais aussi des tours et des murs de l'époque du sultan Qaitbay, noyés dans les remaniements dus à Mohamed Ali.

Enfin, la fermeture du Lux nous a permis d'ouvrir le 25 septembre un nouveau chantier.

Sur l'invitation du Pr. Fakharany, de l'Université d'Alexandrie, nous avons débuté le 25 septembre une fouille dans le cimetière latin, à proximité du Tombeau d'albâtre. Dans ce cimetière de Terra Santa n°2, transformé en une vaste pépinière appartenant au Gouvernorat et à la Faculté d'Agriculture, nous suivons les indications d'une équipe de géophysiciens allemands : leur carte indique des anomalies dans le sous-sol qui montrent l'existence de cavités dans la roche, par 6 à 10 mètres de profondeur. Nous avons ouvert trois sondages, afin de localiser les accès possibles à ces chambres souterraines. cliquer pour agrandir
sondages dans le cimetière latin
décembre 2002
Cliché : © CEA - tous droits réservés

Les fouilles sous-marines se sont poursuivies au printemps et à l'automne 2002 :

Sur le site monumental qui gît par 6 à 8 mètres de fond au pied du fort Qaitbay, nous continuons la cartographie au moyen de l'Aquamètre, cet appareil de mesure acoustique sous-marin qui a été mis à notre disposition l'année dernière.
Les découvertes de fragments de statues colossales nous permettent de compléter peu à peu le grand groupe statuaire des 3 couples royaux et le puzzle s'assemble peu à peu. De même pour les blocs d'architecture dont nous comprenons peu à peu l'agencement : au cours de l'année, une porte monumentale en granite d'Assouan, de 11,65 mètres sous linteau, a pu être reconstituée, avec ses deux jambages, le linteau en forme de gorge égyptienne, ainsi que les dalles avec le système de fermeture de la porte à deux vantaux. Nous sommes devant la porte d'un très grand monument, sans doute celle du phare lui-même. Le voisinage de la porte et des statues colossales pose un problème intéressant pour la reconstitution du dispositif antique.

Quant aux épaves, leur documentation a progressé, avec le dessin des amphores de QB2 et l'épave trouvée au printemps grâce à l'équipe de géophysiciens grecs de Patras s'est révélée prometteuse : constituée d'une cargaison d'amphore Late Roman 1, elle est posée dans la vase et seules les premières couches concrétionnées apparaissent à présent. Il conviendra de définir une stratégie à suivre pour ce nouveau chantier de fouille, avec un financement adéquat.

Les publications ont continué à un rythme soutenu :
Deux nouveaux ouvrages sont venus enrichir la série des Études alexandrines éditée aux presses de l'IFAO, avec les tomes 7 et 8, Nécropolis 2 et Alexandrie médiévale 2. Les prochains volumes porteront sur les fouilles sous-marines et le colloque de numismatique qui s'est tenu au CEA au printemps 2002.
Nous formons des projets
d'exposition : l'une d'entre elles portera sur les citernes d'Alexandrie et le système hydraulique de la cité, durant sa longue histoire. Elle devrait avoir pour cadre le Musée d'Histoire de Marseille à l'automne 2004. Durant la même année, Cathédrale d'Images aux Baux-de-Provence accueillera un spectacle visuel consacré à nos travaux sur le terrain : des images de la ville moderne et de nos fouilles terrestres (notamment la Nécropolis et les citernes) ainsi que de nos fouilles sous-marines seront projetées sur des parois de plus de 20 mètres de hauteur.

Enfin, nous sommes en tractations avancées pour la restauration de la citerne el-Nabih : nous espérons réussir à décider un mécène dans les semaines qui viennent !

Les appuis du Ministère de la Recherche, de l'Éducation Nationale et des Affaires Étrangères ne faiblissent pas. L'année 2002 fut particulièrement néfaste dans la recherche de mécènes, sans doute à cause des différentes élections qui ont eu lieu en France. Ce n'est qu'à l'automne que nous avons pu reprendre nos discussions avec de grands groupes industriels, en vue de la concrétisation de ces espoirs pour l'année 2003. Cela ne rend que plus appréciable l'appui fidèle des 200 membres de l'Association des Amis du CEA : leur soutien moral et financier nous encourage constamment dans la poursuite de nos efforts pour sauver ce qui peut l'être encore de la Capitale des Ptolémées : qu'ils en soient ici chaleureusement remerciés !

Jean-Yves Empereur
Directeur du CEA
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