Les dernières nouvelles du terrain

13 Février 2004


Le Centre d'Études Alexandrines va changer d'acronyme : on préférera désormais CEAlex à CEA pour éviter à l'avenir toute confusion avec le Commissariat à l'Énergie Atomique.

L'année 2004 se présente sous des auspices prometteurs : fouilles de sauvetage, restaurations de bâtiments anciens, expositions, livres et films, le rythme de l'équipe du CEAlex ne se relâche pas, au contraire.

Les fouilles de sauvetage restent le but principal de nos activités et elles ne connaissent pas de répit. C'est une lutte continuelle pour essayer de sauver ce qui peut l'être de la capitale des Ptolémées. Certes, il ne s'agit pas de tenter d'arrêter le développement de cette ville moderne de 6 millions d'habitants, tentative dérisoire et dépourvue de sens, mais d'imaginer comment trouver un jour le point d'équilibre entre la pression urbaine d'une mégapole en pleine expansion et la mise en valeur de son extraordinaire patrimoine qui pourrait bien représenter un important facteur de développement économique pour les années à venir.

Les fouilles terrestres de la rue Fouad (le Patriarcat grec orthodoxe) menées par Francis Choël et Marie Jacquemin ont atteint par une dizaine de mètres de profondeur. Les vestiges ptolémaïques sont là et la bataille contre la nappe phréatique va commencer. À Terra Santa, les résultats nous surprennent, en total désaccord avec les prospections des géophysiciens. Ce sont des carrières, des fronts de taille, mais çà et là des cavités dans la roche qui mènent à des galeries souterraines, par 6 à 8 mètres de profondeur que nous commençons à explorer. À la citerne Gharaba, les dégagements continuent à apporter leur lot d'informations nouvelles au système hydraulique de la ville. Autant de rubriques qui seront développées dans cette édition du site web du CEAlex.

En mer, les fouilles sous-marines ne connaissent pas de relâchement : à raison de deux campagnes de deux mois par an, le classement des milliers de blocs architecturaux du site du Phare progresse et, tout récemment, l'architecte Isabelle Hairy a pu reconstituer le cadre d'une porte monumentale en granite d'Assouan, de 11,45 m sous linteau. Les jambages de plus de 70 tonnes, le linteau, les dalles avec la contre-crapaudine de la porte à deux battants appartiennent à un monument gigantesque : c'est sans doute une porte du Phare lui-même. Quant aux statues colossales, nous en trouvons des fragments à l'occasion de chaque campagne et peu à peu se complètent les six statues colossales, les trois couples de Ptolémées et de leurs reines. On peut imaginer qu'à ce rythme, d'ici quelques années, on pourra les reconstituer dans leur majesté à côté de la porte colossale.

Les citernes antiques et médiévales sont aussi un de nos sujets de recherche, d'autant que Gaz de France vient de signer un contrat qui fait de l'Égypte le second fournisseur de gaz naturel de la France et que cette société a choisi de mettre en valeur et de présenter au public l'une des plus belles d'entre elles, la citerne el-Nabih. L'avant-projet détaillé est présenté par les architectes Laurent Borel et Chrystelle March. Ils sont accompagnés par un compagnon tailleur de pierre, Yvan Vigouroux. Après une visite dans les entrailles de cette citerne aux trois étages de colonnades, un musée de site accueillera les visiteurs, retraçant les 2.300 ans d'histoire de l'eau à Alexandrie. Cette exposition sera créée dans la région PACA au début de l'année 2005 et elle reviendra à Alexandrie, au moment de l'inauguration de la citerne.

À chaque fois où l'on procède à des fouilles de sauvetage à Alexandrie, on est sûr de mettre au jour des mosaïques. C'était une des spécialités de l'Alexandrie antique (comme le soulignent les auteurs antiques, comme Pline l'Ancien) et les sols des maisons en étaient régulièrement recouverts. Nombre de ces mosaïques sont actuellement conservées dans les réserves du Musée gréco-romain d'Alexandrie. Les Autorités égyptiennes ont décidé de construire un musée pour exposer ces chefs d'œuvre : un jour prochain, comme Antakia ou Tunis, Alexandrie possèdera son Musée de la mosaïque. Afin d'apporter notre pierre à ce projet ambitieux, nous avons proposé au Conseil Suprême des Antiquités que 18 mosaïques soient présentées au Musée de l'Arles Antique, en échange de leur restauration gratuite. Un accord est en cours de signature entre le Conseil Général des Bouches-du-Rhône et le Ministère égyptien de la culture : cette exposition, intitulée Peintures de pierre (selon une expression du même Pline l'Ancien) sera présentée à Arles au début de l'année 2006 et, après leur restauration, ces mosaïques prendront leur place dans le nouveau musée alexandrin.

Le 18 février 2004 débutera le nouveau programme de Cathédrale d'Images : dans ces carrières anciennes des Alpilles, une promenade poétique dans Alexandrie vous sera proposée, avec des projections de photographies sur des parois de 10 mètres de hauteur. Ce sera l'occasion de retrouver, de façon émouvante, le cadre de cette Nécropolis, que nous avons a fouillée il y a 5 ans maintenant et que la pression de la ville moderne a obligée à retourner à son néant. Une partie de la billetterie de cette manifestation contribuera aux fouilles de sauvetage d'Alexandrie.

Le CEAlex ne s'est jamais limité à l'étude de la période antique d'Alexandrie, mais s'est toujours attaché à l'histoire longue de la cité. Grâce à l'entreprise coordonnée par Michel Tuchscherer, Professeur à l'Université d'Aix-en-Provence, nous participons activement à la redécouverte des trois siècles de l'Alexandrie ottomane. Les Turcs sont arrivés en 1517 à Alexandrie et ils ont marqué de leur empreinte l'histoire, les institutions, la topographie, l'urbanisme et l'architecture de la ville. En relation avec d'autres centres de recherche, comme le CEDEJ et l'IFAO au Caire, mais aussi le département du Patrimoine de l'Université Senghor établie à Alexandrie et la Bibliotheca Alexandrina, avec la MMSH et l'Université d'Aix, nous avons commencé une série d'enquêtes sur cette période et une première réunion de chercheurs a été organisée à l'automne 2003. Ce projet prend un développement important et un site lui sera désormais consacré. On pourra le consulter à l'adresse http://ottoman.cealex.org

L'étude des amphores d'Alexandrie a entraîné la naissance de notre équipe, il y a un quart de siècle, et elle reste un des axes prioritaires de la recherche du CEAlex. L'explication, que l'on trouvera illustrée dans nombre de nos publications, se trouve dans le fait que le Musée gréco-romain conserve plus de 160.000 anses d'amphores timbrées et que chaque fouille de sauvetage nous submerge d'une nouvelle documentation. Alexandrie est, comme le dit Strabon, l'Emporium du monde, le marché du monde méditerranéen, avant de céder le pas à Rome. La quantité, la variété du matériel amphorique provenant de l'oikoumenè, la qualité des contextes stratigraphiques qu'offrent les fouilles de sauvetage, tout concourt à faire d'Alexandrie le centre d'étude des amphores grecques et romaines. Un site particulier leur sera consacré, sous l'adresse latine http://amphorae.cealex.org

Enfin, en vous livrant cette nouvelle édition du site du CEAlex, je voudrais exprimer mes remerciements à tous les membres de notre équipe qui y ont apporté leur pierre, les résultats de leurs travaux et de leur enthousiasme dans nos efforts. Des remerciements sont particulièrement adressés à Danielle Guiraudios, qui a créé ce site, l'a mis à jour avec une infinie patience, sachant que l'engrenage dans l'enchaînement des fouilles de sauvetage ne nous rend pas aussi disponibles qu'elle aurait pu le souhaiter. Malgré tous ces obstacles, elle a obtenu la reconnaissance de ses efforts : jusqu'au mois de décembre 2003, notre site figurait parmi les sites "à découvrir" sur le portail mis en ligne en octobre 2003 par le Ministère de la Culture ! Notre nouvel hébergeur nous permettra de procéder à des mises à jour en continu et non plus avec des éditions à date fixe.

Un dernier remerciement, not least, even last ! Un grand merci à notre Ecossais alexandrin, Colin Clement, pour la traduction de ce site dans son anglais d'Oxford. Colin anime une maison d'édition 'Harpocrates' http://www.harpocrates.com.eg, site à visiter pour découvrir des livres de qualité sur Alexandrie, en anglais, français, japonais et arabe.

Consultez notre site, vous y verrez les progrès de nos recherches, de nos résultats et de nos échecs et, si vous nous jugez à la mesure de notre enthousiasme et de nos efforts, essayez de contribuer à sauver Alexandrie ! Rejoignez-nous dans l'équipe des Amis du Centre d'Études Alexandrines http://acea.cealex.org En devenant membre de notre association, vous serez accueilli à Alexandrie, nous serons fiers de vous montrer ce que nous essayons de sauver et vous ferons partager, en toute priorité, les résultats de nos tentatives.

Jean-Yves Empereur
Directeur du CEA
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