LA PRESQU'îLE DE MAREA

Le site Marea - Présentation générale

 
Valérie PICHOT

Situation géographique

Marea, plan de situation


Le site, identifié à Maréa dans la Description de l'égypte puis par Mahmoud Bey el Falaki en 1866, est un des rares exemples de villes portuaires en bordure du lac Mariout encore intactes et accessibles aux études archéologiques.

Situé à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest d'Alexandrie, à proximité du village de Huwariya, il s'étend sur plus de 25 hectares le long de la rive méridionale du Mariout, là où le bassin du lac a une largeur de moins d'un kilomètre

1 - La région du lac Mariout
DAO I.Awad - © CEAlex
 

Maréa - les sources anciennes

Actuellement l'identification de ce site à l'antique Maréa reste hypothétique. Maréa, capitale de la Maréotide, est une des villes les plus importantes de la région à l'époque gréco-romaine. Antérieure à la fondation d'Alexandrie, son occupation est attestée du Ve siècle av. J.-C. jusqu'au XIVe siècle ap. J.-C. par les sources littéraires.
Dès la Basse époque pharaonique, Hérodote mentionne la ville et son territoire. Situé à la frontière de la Libye, le site avait un rôle défensif et les garnisons y stationnaient à l'époque du Pharaon Psammétique Ier (663-610 av. J.-C.). D'autres auteurs témoignent de l'importance stratégique de ce site : Thucydide raconte que le "roi des Libyens, voisins de l'Egypte", avait pris pour base "Mareia, en arrière de Pharos" afin de diriger le soulèvement des Egyptiens contre les Perses ; Diodore, au Ier siècle av. J.-C.,  note que la bataille entre Amasis et Apriès (fin de la première moitié du VIe siècle av. J.-C.) eut lieu "près du village de Mareia".
La ville de Maréa est considérée par Falaki comme la "clef de l'égypte côté africain" de la même manière que Péluse est celle côté asiatique.
Il note que lors de la guerre d'Alexandrie (48 av. J.-C.), l'armée de Jules César a dû passer par Maréa pour contourner une partie du lac et rejoindre Mithridate de Pergame à proximité de la voie Canopique afin de combattre l'armée de Ptolémée XIII. A l'issue de cette bataille l'armée alexandrine fut massacrée, Ptolémée prit la fuite, se noya dans le Nil et Cléopâtre VII devint la seule souveraine d'égypte de fait.
Peu d'informations nous renseignent sur l'époque et les causes de l'abandon de la ville. Pour Maqrizi, Maréa est encore un lieu d'échanges commerciaux important pour Alexandrie au début du XIVe siècle. Etienne Quatremère cite un géographe arabe anonyme qui parle de Maréa comme étant un grand village renfermant "une grande quantité de jardins" et produisant des fruits pour Alexandrie. Quant à De Cosson, il note que Maréa continue d'exister au moins jusqu'au XIVe siècle et que pendant longtemps elle reste le principal dépôt commercial du nome. Il suppose que le site est déserté après la conquête turque en 1517, quand Alexandrie, elle-même, décline.

Maréa - la question de l'identification

De nombreux chercheurs comme De Cosson et El-Fakharani ont suivi Falaki dans son identification. Cependant, jusqu'à une période récente, la plupart des ruines mises au jour dataient des Ve-VIIe siècles ap. J.-C.
Certains spécialistes l'ont donc interprété comme une étape de pèlerinage et un avant-poste militaire à l'époque byzantine. Ils proposent d'y reconnaître Philoxénité, une ville créée par Philoxénos un préfet du prétoire de l'empereur Anastase (491-518) pour l'accueil des pèlerins en route vers le célèbre monastère d'Abou Mina (dont l'apogée dura deux siècles, aux Ve et VIe siècles, et qui continua d'être fréquenté jusqu'au Xe siècle), situé à une trentaine de kilomètres au sud-ouest. Venant d'Alexandrie par le lac, les pèlerins débarquaient à Philoxénitè avant de partir pour le monastère. Tout était prévu pour l'accueil de ces voyageurs d'un type particulier (large port, thermes et hôtelleries), pour le débarquement des marchandises nécessaires à une telle affluence ainsi que pour l'embarquement des productions agricoles et artisanales de la région.
Les travaux récents prouvent la présence d'une implantation bien antérieure au Ve siècle ap. J.-C. Mais bien que ces résultats battent en brèche l'identification à Philoxénité, l'identification à Maréa reste pour le moment hypothétique.
Quel que soit le nom donné à ce site, il est un des plus beaux exemples de villes lacustres en bordure du Mariout dont le développement est lié aux échanges entre Alexandrie et son arrière-pays (exportation de production agricole mais aussi de l'artisanat local comme le verre, le métal ; pèlerinage durant l'Antiquité tardive). Son remarquable état de conservation permet d'aborder les problèmes d'implantation et d'organisation d'une ville importante en bordure de lac.

Recherches archéologiques - bref historique

Ce n'est qu'à partir de 1977 que le site connu comme Maréa fait l'objet de fouilles archéologiques. Jusqu'en 1981 elles sont menées par une équipe de l'Université d'Alexandrie dirigée par F. El-Fakharani et se concentrent sur la zone portuaire.
Le port, constitué d'un quai de plus de deux kilomètres de long, est divisé en bassins par quatre môles d'une centaine de mètres de longueur qui s'avancent dans le lac .

Plan général du site identifié à Marea
2 - Plan général du site identifié à Marea
DAO Nelly Martin, Cécile Shaalan, Valérie Pichot - © CEAlex

Cette organisation augmente considérablement la ligne d'accostage et de débarquement des bateaux.
Dans la partie centrale de la ville, les fouilles ont permis de dégager un quai bordé d'une colonnade et une avancée de magasins dont les murs sont conservés sur environ un mètre de hauteur. à l'est de cet ensemble, un bâtiment interprété comme une huilerie ou une meunerie témoigne de l'activité agricole dans cette région autrefois fertile. à l'ouest des magasins et des doubles thermes à absides ont été mis au jour. Ces deux édifices symétriques sont munis de chaudières, de baignoires collectives et individuelles. Les parois et les sols sont revêtus de marbre, matériau utilisé aussi pour la construction des rebords des baignoires individuelles. Ces thermes se divisent en trois parties comprenant le bain froid (frigidarium), le bain tiède (tepidarium) et le bain chaud (caldarium). La tradition de diviser en deux parties le bain - une pour les hommes et une pour les femmes - explique peut-être le doublement des bâtiments. Tout indique la richesse de ces établissements balnéaires. D'autres thermes importants ont été mis au jour en 2000 par l'équipe polonaise de l'Université de Varsovie au sud-est du site.
            L'ensemble de ces vestiges, datés des Ve-VIIe siècles ap. J.-C., illustre une ville portuaire aux capacités d'accueil considérables, avec d'importantes installations de stockage ainsi que des bâtiments publics de très grande qualité. Ces découvertes attestent une occupation intensive du site à l'époque byzantine.

           Depuis juillet 2003, le Centre d'études Alexandrines mène des travaux sur la presqu'île* située à une centaine de mètres au nord-est de la ville : topographie, prospections pédestres et géophysiques , fouilles archéologiques ont permis, entre autres, de mettre en évidence l'organisation générale de la presqu'île et l'existence d'un important quartier artisanal.

la presq'uîle

3 - Vue de l'île et du lac
Cliché V. Pichot, © CEAlex

* Il s'agit en fait d'une île reliée artificiellement au continent par une chaussée.
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