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Les fossiles de la science alexandrine

Isabelle Hairy
mai 2006
Dans le cas de la métrologie, le fossile n’est plus l’objet, c’est la mesure qui le remplace. Celle-ci contient un message qui, si vous savez le déchiffrer, permet de reconstituer le passé. Elle porte le souvenir de sa formation et sa lecture doit mener à la mise en évidence de l’étalon du système dont elle découle. Dans notre cas, les mesures de la porte monumentale ont révélé l’utilisation d’une coudée royale égyptienne ou meh ni-sout à 0,525m et d’un pied ionique ou samien à 0,35m dans un rapport de 2/3. Issus des cultures grecque et égyptienne, ces étalons sont réunis dans un système géométrique qui prend sa source dans le Tétraktys des pythagoriciens (VIe s. av. J.-C.).

Du Tétraktys des Pythagoriciens, en passant par les fondements géométriques utilisés par Platon dans le Timée, jusqu’aux figures géométriques du système de mesure alexandrin
© CEAlex, dessin I. Hairy

C’est à partir de ces éléments fondamentaux, et à l’aide des règles qui régissent l’espace qu’ils dimensionnent, que l’archéologue peut espérer reconstituer le monument dont il ne possède qu’une partie, ici une porte.
Comment retrouver ces règles ? C’est en interprétant à nouveau, sur l’objet « porte », les formes qui dérivent de l’utilisation du système de mesure fossile que l’on a pu reconstituer certaines règles de la grammaire spatiale. On a procédé en tenant compte de l’avancée des sciences à l’époque de la conception du monument, dans les cultures qui en sont à l’origine, donc en Grèce et en Égypte.
Schéma géométrique de la porte monumentale des baies et univers platonicien (CEAlex, dessin I. Hairy)

Il ressort de cette nouvelle observation d’autres vestiges qui trouvent un écho, en premier lieu, dans la littérature philosophique grecque, chez Platon (IVe s. av. J.-C.) et notamment dans le Timée. Platon y manipule des objets particuliers de la géométrie plane avec lesquels, par agglomération, il explique la formation du corps de l’Univers. D’autre part, cette observation met en évidence des procédures compilées par le savant grec Euclide, mathématicien du IIIe s. av. J.-C., fondateur de l’École d’Alexandrie, dans ses Éléments de géométrie. Contemporain de l’érection du Phare, il y a certainement collaboré, même de façon indirecte.

Porte monumentale de Pharos - Le triangle équilatéral, obtenu par rabattement des côtés opposés au centre du carré, puis divisé en deux triangles scalènes suivant son apothème, se recompose en un rectangle qui détermine l’emprise de la baie et de son décor (CEAlex, dessins I. Hairy)
Rien d’étonnant à ce que le Phare ait pris la forme de la connaissance de ce lointain passé, mais est-ce le seul message contenu par les restes du monument ? car la création du Phare, inspirée par les principes platoniciens exposés dans le Timée, reflète une certaine idée du monde ; on pourrait dire qu’elle a engendré une représentation du cosmos. On y découvre également quelques références à la mythologie égyptienne, comme la valeur de 42 pieds mesurant un côté du triangle équilatéral utilisé dans le dessin de la porte monumentale ; c’est aussi le nombre théorique des provinces de la liste traditionnelle tenue par les scribes des temples à l’époque tardive, « l’égalant à celui des quarante-deux juges qui assistaient Osiris en son tribunal ».

Modèle théorique de Pharos restitué à partir des règles spatiales déduites de l’analyse de la porte monumentale. © CEAlex, dessin I. Hairy

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