ETUDE DU MOBILIER ARCHÉOLOGIQUE

Les lampes à huile en terre cuite

Camélia Georges - juin 2005
Lampe moulée décorée d'une Victoire
Epoque impériale (5)
Chantier Diana - 1995

Photo © CEAlex - DR

Environ 3.200 lampes ont été découvertes lors des fouilles menées par le CEAlex sur les différents chantiers d’Alexandrie depuis 1992. Les mieux conservées proviennent des tombes de la Nécropolis de Gabbari, on en compte quelque 1200, le plus souvent intactes. Les autres, souvent fragmentaires, ont été mises au jour sur les sites d’habitat, situés au cœur de la ville antique. Elles couvrent un vaste arc chronologique : les plus anciennes datent de la fin du IVe siècle avant J.-C., les plus récentes sont les lampes islamiques glaçurées datant des Xe- XIe siècles après J.-C.
La forme la plus ancienne des lampes est une simple coupelle ou un petit bol où l’on versait l’huile à la surface de laquelle était placée une mèche (1). Par la suite, le réservoir s’est fermé et a été muni d’un bec où l’on passait la mèche ; celle-ci était ajustée au moyen d’un outil en métal pour régler la hauteur de la flamme et donc le degré de lumière. La mèche était faite en fibres de lin ou d’autres matériaux absorbant l’huile. L’huile était de l’huile végétale de sésame ou d’olive. Une lampe à réservoir normal rempli d’huile fournissait de la lumière pendant deux heures et demie environ .

(1) Lampe coupelle, forme la plus ancienne découverte à Alexandrie - Chantier Criquet 1997 - Photo © CEAlex - DR


La fabrication des lampes

Les lampes dites tournées (2-3) étaient façonnées sur le tour du potier. De la masse de pâte posée sur le tour, le potier formait le réservoir en laissant un trou pour le remplissage, il séparait le réservoir du reste de la pâte à l’aide d’une ficelle comme le montrent les traces de cordellerie en spirale sur la base des lampes. Pour former la base, il devait attendre la fin du premier séchage du réservoir afin enlever les surplus avec un outil spécial. Durant le séchage, il façonnait le bec et le collait au réservoir en le perçant avec un outil vers l’intérieur du réservoir pour former le trou de mèche. De la même façon, à partir d’un boudin de pâte, il formait l’anse si nécessaire. Pour appliquer l’engobe, le potier trempait la lampe dans une pâte liquide légère où l’on ajoutait le pigment désiré. Après séchage complet, il les faisait cuire en les rangeant les une au-dessus des autres dans le four.

ci-dessus : lampes tournées
haut : Lampe tournée locale du IIIe siècle av. J.-C, Gabbari 1997 (2)
bas : Lampe tournée attique, IIIe siècle av. J.-C, Gabbari 1997 (3)
clichés : © CEAlex - DR.

À partir du IIIè siècle avant J.-C., une nouvelle méthode a été adoptée, celle du moulage. Elle a facilité la décoration de la surface du réservoir avec des motifs végétaux, géométriques (4) ou en appliquant un motif en forme de dauphin ou en feuilles cordiformes sur un côté du réservoir ou sur les deux. À l’époque impériale, la décoration des lampes devient plus élaborée avec la mise en place des scènes figurées sur les médaillons.

Lampe moulée locale (4)
IIe siècle av. J.-C., Gabbari 1997
Photo © CEAlex -DR

Les étapes du moulage d’une lampe

1- Fabrication d’un prototype massif qui porte tous les détails que le fabriquant désire voir décorer ses lampes. Couverture du prototype avec des couches successives d’argile ou de plâtre.
2- Avant séchage complet du moulage, séparation horizontale en deux parties, ce qui donne les deux valves du moule imprimées avec les motifs du prototype.
3- Ensuite vient l’étape de la cuisson de ces deux parties séparément pour le moule en argile.
4- Pour obtenir une lampe il suffisait de presser la pâte argileuse avec les doigts à l’intérieur du moule, de la laisser sécher, de l’enlever du moule, d’ajuster les deux parties du réservoir, d’appliquer l’engobe et enfin de mettre l’objet à cuire au four.

Les grands centres de production dans l’Antiquité :

On détermine les centres de production des lampes grâce à un examen de leur forme et de leur décor, et surtout de la pâte argileuse dans laquelle elles ont été fabriquées. Parmi les productions locales égyptiennes qui forment par exemple dans la nécropole de Gabbari plus de 95 % de l’ensemble, on reconnaît une pâte alexandrine calcaire, le plus souvent de couleur orange avec des inclusions blanches et noires, provenant de débris de coquillage et parfois des particules brillantes ou du mica. Une pâte plus pâle, rosée, avec de minuscules particules blanches est peut-être originaire de la région du lac de Mariout au Sud d’Alexandrie. On note aussi des productions en pâte alluviale brun foncé lisse.
Les importations en pâte fine sont en nombre limité. Elles proviennent surtout d’Attique, de Rhodes, de Cnide, d’Ephèse et d’Italie et d’Afrique du nord. On note d’autres importations de Chypre, de Crète et du Levant.

Le décor des lampes

Le répertoire iconographique des lampes d’époque impériale est d’une grande variété et d’une grande richesse. On y rencontre des scènes issues de la mythologie et des représentations de divinités (5), mais aussi des scènes de la vie quotidienne. Les motifs animaliers (6) et végétaux (7) sont fréquents. Certaines lampes portent des motifs ou des scènes issues du répertoire décoratif juif, comme le chandelier à sept branches (8), ou chrétien (9).

(6) Lampe moulée d’époque impériale avec un lion.
Gabbari 1997 - Cliché CEAlex - © CEAlex - DR.

 

 

 

 

Ci-contre :
Lampe moulée d’époque impériale décorée d’une rosette (7)
Gabbari 1997.
Cliché CEAlex - © CEAlex - DR.

 



Ci-dessus : Lampe décorée d’une croix - Diana 1994 (9)
Ci-contre : Lampe décorée du chandelier à sept branches (8) - Diana 1996 - Photos : © CEAlex - DR


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